Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Il est des semaines -qu’elle soit celle des vacances ou des démissions papales – où l’historien est le bienvenue pour nous inciter à « croire en l’histoire » et nous rappeler comme le fait François Hartog « l’irruption du présentisme » c’est-à-dire des « présents envahissants et s’abîmant à chaque instant dans l’immédiateté. Nous sommes complètement concentrés sur la réponse immédiate à l’immédiat : il faut réagir en temps réel jusqu’à la caricature dans le cas de la communication politique » ajoute l’historien. Cette semaine, il aura suffi de deux chiffres (celui de la croissance, celui des déficits) pour qu’on cesse de qualifier positivement le « Hollandisme » et de reconnaître au Président les qualités que la guerre au Mali lui avait très provisoirement décernées. Voilà la France en proie à la détresse des chômeurs en fin de droits (un suicide à Nantes, plusieurs tentatives d’immolation par le feu), les usines occupées avec des menaces d’explosion sociale et de désenchantement accru (voire plutôt de colère) envers les politiques, la panne de croissance, l’incapacité publiquement avancée (par un Premier ministre décidément en difficultés) de ses dirigeants à ramener le déficit public à 3 % du PIB. Voilà le Président en proie à la fin de « l’effet MALI3 qui voit le social et la crise déconstruire l’image qu’il avait patiemment reconstruite : avec 37 % seulement de satisfaits et 62 % de mécontentes, F. Hollande retombe à son niveau record de décembre, illustrant ainsi à quel point le pessimisme social est profond. Comme l’écrit Bruno Jeudy dans le JDD : « La situation du pays n’est plus tenable. Économiquement c’est la catastrophe. Socialement ça sent la révolte. Politiquement ça sent le divorce avec la gauche de la gauche. » Une partie de la gauche dénonce la politique « d’austérité et de rigueur ainsi que la conversion supposée de F. Hollande au « social-libéralisme ». D’aucuns craignent que Président comme gouvernement se retrouvent dans une sorte d’impasse pour renverser les tendances de la croissance, des déficits, du chômage. La voie que le Président a choisie, comme le souligne Françoise Fressoz, « consiste à faire le minimum de réformes structurelles pour ne pas déplaire à Bruxelles mais à éviter les plus importantes pour ne pas contrarier le pays. C’est le pari de l’ajustement lent. Il se paie d’une sorte de dépression collective qui accroît encore le risque d’enlisement ». Malaise dans la société, climat insurrectionnel sur certains lieux de travail (de travail hier, de chômage et de fermeture aujourd’hui), difficultés de répondre à Didier Migaud, premier Président à la Cour des Comptes (« l’effort porte aux trois quarts sur l’augmentation des prélèvements obligatoires et pour un quart sur le freinage des dépenses. Il doit être rééquilibré. ») Voilà donc venu (revenu ?) le temps des économies, de la rigueur et de l’austérité. Voilà le temps de l’exigence d’une pédagogie courageuse (à quand un volontarisme mendéiste ?) Voilà le moment de ne plus se montrer comme un virtuose du sabre de bois mais d’agir en « républicain de gouvernement » du moment même où Nicolas Sarkozy entretient l’idée de son retour motivée par l’absence de leadership et la compétition persistante à droite, la décomposition et les affrontements au sein de l’UMP précipitant son retour car seul à pouvoir réunir les familles Borloo, Fillon et Coppé et élargir l’opposition sur la droite. LA France politique est le pays des « retours ». Depuis son « Ile d’Elbe », Sarkozy attend peut-être que le pays appelle, avec ses prochains « Pont d’Arcole » un nouveau « Bonaparte ».

 

Stéphane Baumont


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