Brice Christen
Brice
Christen
Le cynisme aggravé

L’effet papillon

J’ai jamais aimé le lundi. Personne n’aime le lundi. Il pleut tout le temps. C’est chimique. C’est Claude François qui l’a dit : le lundi au soleil, c’est un truc qu’on n’aura jamais. Et Claude, il s’y connaissait vachement dans tout ce qui est rapport eau-énergie. Il s’y connaissait aussi en téléphone qui chiale, mais ça n’a pas trop de rapport ici. Un lundi normal c’est agaçant. Un lundi qui commence par une grève Tisséo c’est énervant. Un lundi qui commence par une grève Tisséo avec vingt minutes d’attente sous la pluie donne de franches envies de meurtre, voire de génocide contre la première ethnie qu’on a sous la main.

Il m’a donc fallu attendre mon bus sous la pluie, sans protection, vu que j’avais oublié mon parapluie dans un vélib, il y a deux ans. Je suis de toute façon atteint par cette maladie terrible qui consiste à oublier son parapluie où qu’on aille. Heureusement pour moi j’ai repéré une jeune fille en possédant un assez large. Je m’y suis réfugié, ça ne lui a pas plu. Elle m’a demandé de partir, j’ai refusé, elle m’a poussé, je suis revenu, elle m’a bombé avec sa lacrymo, j’ai saigné des yeux, je l’ai mordue, elle m’a rebombé les yeux, j’ai vomi dans son faux sac Chanel mes Chocapic avalés une heure plus tôt, elle m’a frappé, je l’ai poussée, elle est tombée sur la chaussée au moment où passait un convoi de fonds qui l’a percutée. Mauvais timing, foutu karma. Heureusement à chaque chose malheur est bon : techniquement on ne peut pas dire qu’il y ait mort d’homme (mais mort de femme), j’étais en légitime défense, donc cela ne fera pas gonfler les chiffres de l’insécurité et puis au final j’ai gagné un parapluie.

« Tout ça à cause d’une vilaine grève de bus »

Chose qui aurait pu me remonter le moral si mon bus n’avait pas eu 27 minutes de retard. Il est arrivé rempli alors que j’habite à deux arrêts du terminus, je suis monté et je n’ai pas validé ma carte comme je suis un peu foufou et rebelle. Je n’ai pas pu m’asseoir vu que tous les sièges étaient pris par des retraités qui n’ont rien d’autre à foutre que de venir bonder les transports en commun, donc je suis resté contre une vitre qui allait devenir ma meilleure amie pour les 16 minutes à venir. On m’a marché trois fois sur les chaussures sans s’excuser, ça sentait le poney dans tout le bus, qui était plein à craquer, même Mimie Mathy n’aurait pu y monter (l’escalade n’est pas sa passion première). C’est alors qu’à la station Place Dupuy, un type en surcharge pondérale a voulu monter aussi. Il avait l’air gentil, mais tout le monde l’a regardé comme pour lui dire non. Il avait l’air déçu.

Je suis arrivé avec vingt minutes de retard au boulot, j’ai été licencié, ma femme m’a quitté, mon chien est mort, un huissier est venu saisir mon piano, ma voisine m’a coupé le gaz et j’ai envisagé de me suicider lorsque j’ai réalisé que je n’avais jamais eu de piano. Tout ça à cause d’une vilaine grève de bus qui aurait pu être gérée si Toulouse avait eu un Maire efficace qui aurait auparavant bossé dans les transports, mais ce serait trop beau. Au lieu de ça rien ne se passe, autant de transparence et d’incompétence dans une même personne, je n’avais pas vu ça depuis la dame qui ne sourit jamais à l’administration de la fac.

 

 


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