Alex Lekouid
Alex
Lekouid
L comme Lekouid

Le trésor des pyramides cubaines

Fasciné et curieux, je soulève délicatement le couvercle d’une mystérieuse cave noire pyramidale. Là, je découvre des dizaines d’individus allongés, les uns contre les autres, et rangés sur deux étages. Certains sont dans des sarcophages d’aluminium peints, d’autres sont momifiés dans une feuille de cèdre, mais la plupart sont nus. Le vieux cadrant qui les surplombe indique 79% d’hygrométrie. Satisfait, je jette mon dévolu sur un des sombres et élégants cylindres. Personnifié par ses discrètes nervures et son aspect soyeux, sa cape reluit comme un morceau de cuir tanné. Sa tête est harmonieusement fermée en arrondi et couronnée d’une bague dorée aux allures pharaoniques. Son pied, tranché net, laisse apparaître un entrelacs végétal qui fait la tripe de ce Robusto d’exception. Chaque feuille de tabac qui compose ce millefeuille a été soigneusement choisie puis pliée à la main selon desrègles ancestrales. À présent, je guillotine l’extrémité fermée et le prends entre mes dents pour le fumer à cru et découvrir son tirage ainsi que ses indices gustatifs. Tout en le tournant avec mes doigts dans ma bouche, je l’embrase avec mon chalumeau et m’assure que son allumage est uniforme.

« Nous vivons peut-être, les dernières années de l’excellence cubaine »

Sans avaler la fumée, ou rarement, je gonfle mes joues de sa généreuse émanation blanche, puis la souffle vers le haut pour la humer et compléter ma sensation gourmande. Les premières bouffées sont salées, puis basculent sur des notes de miel et de piquant. Du chocolat noir et un vieil alcool ambré seraient d’excellents cavaliers pour faire danser ma vitole et sublimer cet instant. Au deuxième tiers, sa force et sa saveur boisée me procurent un état de plénitude et déclenchent en moi de nobles réflexions. Je pense aux cinq siècles de connaissances que le torcédor a dû assimiler pour rouler cette pièce unique. Oui, ce sont les Aborigènes cubains qui, les premiers, enroulaient et enflammaient des feuilles qu’ils appelaient “Cohiba” et Christophe Colomb qui les rapporta en Espagne en 1492. Aujourd’hui, on trouve des cigares un peu partout dans le monde, mais les plus prestigieux sont de La Havane, grâce au climat, à la terre et à leur savoir-faire. L’embargo des États-Unis sur Cuba depuis 1962 nous a privilégiés en Europe, autant en quantité qu’en qualité. Les relations commerciales récentes entre ces deux pays annoncent une fabrication de masse et sans doute industrielle, pour fournir les millions de fumeurs américains. Je ne peux pas m’empêcher de penser que nous vivons peut-être, les dernières années de l’excellence cubaine…

 

 

 


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