Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Le temps des commémorations

Le 7 janvier, jour du massacre de la rédaction de Charlie-Hebdo, n’est pas un événement circonscrit dans le temps parce que l’attentat n’a été que le premier élément d’une année “horribilis” et d’un calendrier macabre refermé sur les 130 morts du 13 novembre 2015. Depuis, tout ne va plus automatiquement de soi : la liberté de critiquer les religions, celle de les pratiquer ou tout simplement de boire un verre en terrasse ! C’est l’une des leçons de 2015. L’autre c’est la capacité des Français à manifester leur fraternité dans “Une France d’après-Charlie” et la réaffirmation des valeurs républicaines faisant de la France, comme le souligne l’historien Pascal Ory, « un pays pas tout à fait comme les autres ». En effet comme l’indique cet analyste, « les Français ont répondu en prenant le contre-pied de l’objectif souhaité par les agresseurs ;  la société s’est réappropriée une symbolique républicaine ». Et l’historien d’ajouter dans son ouvrage “Ce que dit Charlie – Treize leçons d’histoire” : « l’objectif du terroriste est là : exciter les contradictions de l’ennemi pour ouvrir en son sein l’espace d’une guerre civile ».

« Un pays pas tout à fait comme les autres »

Autre commémoration, celle du 20e anniversaire de la disparition de François Mitterrand, premier président de gauche de la Ve République, premier président de la première alternance depuis 1958, premier président de l’expérience originale de deux cohabitations. Que reste-t-il aujourd’hui de ce qu’il est convenu d’appeler “les années Mitterrand” ? Il a consolidé une Ve République qu’il avait critiquée dans son ouvrage “Le coup d’État permanent” ; il a favorisé un contresens institutionnel illustré par la double commémoration des 30 ans de la Ve République et du bicentenaire de la Révolution ; il s’est attaché à améliorer les droits de l’individu. Œuvre durable aussi en politique étrangère avec l’instauration de l’Union européenne avec le traité de Maastricht. Il a aussi accéléré la conversion de la gauche gouvernementale à l’économie de marché rompant avec l’esprit du “Programme commun”. Mais les “années Mitterrand” n’ont pas été capables de donner une réponse collective aux interrogations sur l’avenir de son économie, son modèle social et culturel et sa place dans le monde. Comme l’écrit l’historien Mathias Bernard, « Mitterrand n’a pas pris toute la mesure de la transformation socioculturelle qu’il a pourtant dû accompagner au cours des 14 années passées à l’Élysée. C’est pourquoi les “années Mitterrand” lèguent à la France d’aujourd’hui plus de questions que de certitudes ». C’est pourquoi l’héritage est mitigé.

 

 


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