Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Le temps de la défiance

Au moment où la canicule disparaît, c’est la rentrée – sous toutes ses formes – qui fait la «une» d’une actualité marquée par le malaise de Christiane Taubira à Bordeaux (ictus amnésique), les sondages qui donnent Anne Hidalgo en tête pour la mairie de Paris, le duel qui s’annonce serré entre Obama et Romney (entre web et porte-à-porte), le retour de la «morale» jusqu’en terminale affirme le Ministre de l’Éducation nationale plus «Jules Ferryste» que jamais au point de vouloir pour l’école un «réarmement moral», les avertissements du Prix Nobel d’économie 2001, Joseph Stiglitz, déclarant «plus une économie est inégalitaire, moins elle est efficace… On ne remet pas une économie sur pied avec un programme de rigueur». C’est dans ce contexte que les Français ont le moral en berne et exigent du Président Hollande un exercice de la gouvernance à un rythme «plus sarkozyen» pour donner l’impression d’une prise en mains de la situation après un été plutôt «tranquillou» (adjectif utilisé par Mélenchon toujours aussi tonitruant dans la critique même s’il n’est pas suivi par le Parti Communiste).

Les sondages traduisent cette défiance : 68% des personnes se disent pessimistes pour leur avenir malgré l’alternance politique ; les plus de 65 ans sont les plus préoccupés ; c’est la première fois que l’inquiétude est aussi vive en début de mandat présidentiel (tout mandat confondu). Revient à nouveau l’antienne traditionnelle : comment gouverner la France ? Avec la résignation d’un Chirac accompagnant le lent déclin de l’Occident ; avec le réveil de la «Belle au bois dormant» d’un Sarkozy qui la fait «turbuler» au point de crisper même son électorat alors qu’il avait inventé le rythme de la VI° République (celle du Web, de la réactivité, de l’immédiateté, de la tactique bonapartiste plutôt que de la stratégie gaullienne). C’est sur l’anti-sarkozysme que s’est installé le «hollandisme», forme de déclinaison cinquante-huitarde de la V° République devant «normalement» susciter l’apaisement et la fin de la tension. Après les temps courts et cinglants d’une agitation permanente, les temps longs d’une présidence «normale». Mais ce qui valait pour le candidat en campagne, ne vaut plus pour le Président en exercice. Si, en effet, le «changement c’est maintenant», il faut dès lors abandonner la doctrine du «Petit père Queuille» et la «douce France» (celle des louvoiements, des commissions de l’absence d’engagements, des disputes au cœur du gouvernement) et bien comprendre que ce qui saute aux yeux des Français et fait pression sur François Hollande, c’est le décalage entre le caractère dramatique de la situation et l’exercice banalisé du pouvoir.

Voilà que s’installe, faute d’un leader véritable à l’Élysée, le retour insidieux de la perte de confiance, de la défiance qui, à sa manière, annonce la fin d’un mythe – qui n’aura duré que quelques mois et qui ne correspondait pas du tout à l’histoire de la V° République - : celui de la Président normale. Alors que ses amis disaient sans modestie qu’il serait un «Churchill à l’Elysée», il doit désormais faire preuve d’un volontarisme gaullien et faire face aux urgences comme aux mauvaises nouvelles : querelle du nucléaire, trois millions de chômeurs en vue, les cumulards qui se rebiffent – à juste raison – la poudrière marseillaise – une sénatrice en appelle à l’armée – une salve de mauvais sondages, une inauguration de foire à Chalon en Champagne mouvementée avec deux pancartes qui traduisent bien les questions de l’opinion publique : «Le changement c’est pour quand ? Le changement c’est pour qui ?»

 

Stéphane Baumont


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