Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Au moment où les chefs d’États du G20 sont toujours à la recherche – un peu désespérante – du « Keynes du XXI° siècle » ou de « l’Adam Smith) », de l’ère Internet, où est systématiquement dénoncée la « Misère de la pensée économique » (Paul Jorion), où la crise nous oblige à repenser l’économie (« avant 1750, il n’y avait pas de croissance » rappelle l’économiste américain Robert Gordon) ; au moment où 26,2 % des Français de moins de 25 ans sont au chômage et que depuis le début de 2013, près de 1,9 millions de jeunes de 15 à 19 ans ne sont ni à l’école, ni en emploi, ni en formation, soit 17 % de cette classe d’âge, le Chef de l’État qualifié de « soldat de l’an II » par Libération, tente de contre carrer le « Hollande bashing » et de reprendre l’offensive politique par l’annonce d’une « initiative pour l’Europe », pour essayer d’exister face à l’Allemagne tout en tentant d’apaiser la « tension amicale » avec Angela Merkel. Il faudrait donc – selon le Président – « muscler le gouvernement économique de la zone euro autour d’un véritable président nommé par une durée longue », vieux cheval de bataille des gouvernements français depuis la création de l’Union monétaire. Avancée il y a vingt ans par Pierre Bérégovoy, l’idée d’un « gouvernement économique » européen permet à la France d’anticiper le mouvement et de prendre de vitesse ses partenaires à la veille du grand carrousel qui se prépare à la tête des Institutions Européennes en 2014 même si Berlin s’interroge sur la « manœuvre surprise » tout en précisant par la bouche même d’Angela Merkel : « je sais que l’Allemagne va bien quand l’Europe va bien ». Le pire serait, au plan national comme européen, que cette annonce ne soit pas suivie d’effets surtout en matière de lutte contre le chômage (notamment des jeunes) au point peut-être de vouloir anticiper dès la fin 2013 le « programme pour l’emploi des jeunes » (d’un montant de six milliards d’euros).

Voilà donc la France et son Président dans l’apaisement et non la confrontation (hier voulue par le PS et Claude Bartolone), voilà F. Hollande silencieux sur la mutualisation des dettes, l’évolution du mandat de la Banque Central Européenne, la création des euro-bands (point 11 de ses soixante engagements) et la réforme de grande ampleur des traités européens (on est encore loin du projet fédéral de la Chancelière avec transferts de souveraineté. Les observateurs français ont vu dans cette « séquence européenne » du Président « en tournant dans l’histoire de la construction de l’Union ». D’autres (Mediapart) n’hésitent pas à souligner qu’il s’agit plutôt d’une forme de « recyclage » de certaines revendications hexagonales (Michel Barnier nous assurant que François Hollande propose de « l’existant amélioré »). Ainsi le flou, après avoir marqué la gouvernance pour la politique intérieure, envahit désormais l’espace européen, peut-être une manière, au moment où il doit faire face aux populismes de Mélenchon et de Marine Le Pen, de ne plus avoir « l’Europe honteuse » en pleine récession. Et nous nous retrouvons toujours au même point politique, à savoir que « rien ne change pour que tout change à la fin » : une forme permettant de constater son indéniable maestria dans l’art de la synthèse et donc l’agilité face à tout type de question et y prenant sûrement le plaisir de celui qui manifestement est heureux en politique au point d’y prendre goût et enthousiasmante ; une capacité à aider les historiens de son quinquennat en nous indiquant que c’est l’an II de celui-ci (« L’an II ce doit être l’offensive » et le « mouvement », nouveaux leitmotivs du Hollandisme, pour D. Revault D’Allones) face aux violentes et systématiques critiques d’immobilisme et d’indécision ; une prise de position qui semble l’éloigner de la Présidence « normale » pour le rapprocher de la pratique et de la lecture gaulliennes : « Le rôle du Chef de l’État c’est de déterminer les grands enjeux… ce que va être la France dans dix ans et même dans vingt ans ». Modération, consensus, synthèse, sens de l’humour quand la question est embarrassante (« On ne cherche pas à être impopulaire, ce n’est pas un objectif que je m’étais fixé »). La France semble donc s’installer – en pleine récession et en difficultés pour lutter contre le chômage – en hollandie et en déclinaison du Hollandisme qui peut ressembler à l’équation : Hollande = Chirac + Queuille + Delors. Une V° République très « radical-socialiste » dirigée par un Président dont Pierre Favier, l’un des auteurs du film « Le pouvoir » souligne que F. Hollande « décide et lui seul » et que « le seul vrai politique au cabinet, c’est Hollande ». Je pense, ajoute celui qui connaît l’Élysée depuis 1981 : « JE pense que c’est une vraie faiblesse ».

 

Stéphane Baumont


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.