Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Après des semaines et des mois de silence, les divisions éclatent en plein jour opposant de manière brutale et en pleine lumière médiatique l’Europe et notamment la France face à l’intransigeance allemande au point qu’analystes et chroniqueurs n’hésitent pas à souligner la proximité du krach politique et que certains économistes comme André Orlean affirment que « la politique d’austérité imposée depuis trois ans à toute l’Europe est une faillite qui n’a pas le minimum de soutien politique et social », les sondages montrant que 72 % des Espagnols, 69 % des Britanniques, 59 % des Allemands, 56 % des Français disent ne plus avoir confiance dans l’Europe. Pour Martine Orange de « Médiapart », « chômage record, récession, déficits et endettement vertigineux, effondrement de l’industrie automobile européenne, impossibilité pour les entreprises européennes de se financer en raison d’un système bancaire en pleine déconfiture… La débâcle est totale ». Un rapport du PS dénonce la politique européenne et « l’intransigeance égoïste de l’Allemagne » ; le journal Le Monde titre « Ne tirez pas sur Angela Merkel » préférant le débat d’idées à l’affrontement ou à la « confrontation » (Claude Bartolone) dénoncé par Alain Juppé comme « un péril mortel » qui ajoute « Tuer l’Europe, c’est nous exposer à toutes les catastrophes. Il faut aller contre la tentation du repli, valoriser nos atouts ».

C’est dans cette atmosphère qui accroît l’euroscepticisme et de krach politique annoncé malgré les « Twitters » en français et en allemand du Premier ministre J-M Ayrault, que le Président Hollande (avant la commémoration sûrement silencieuse du jour anniversaire de son élection, le 6 Mai 2012) doit faire face à une majorité frondeuse emmenée à la hussarde par le Président de l’Assemblée Nationale déjà installé dans l’après-Ayrault, les attaques de Jean-Luc Mélenchon faisant des offres de service pour Matignon, les sévères critiques du médiatique sénateur écologiste J-V Placé dénonçant l’imprévoyance, l’aveuglement et l’autoritarisme. Le Chef de l’État, qui semble s’être résigné à une impopularité durable et qui n’a pas trouvé les clefs d’une communication de crise, subit chaque semaine un « Hollande bashing » caractérisé par des Guignols de l’info cinglants, des sondages catastrophiques, des déplacements chahutés, des unes de magazine très sévères (« Pépère est-il à la hauteur ? » ; « Monsieur Faible » ; « La débâcle » ; « Sommes-nous en 1789 ? »), une France divisée prompte à la manifestation (contre « le mariage pour tous ») et surtout ce chômage record (3 224 600 demandeurs d’emploi et 5 millions si l’on y incorpore ceux qui ont des petits boulots). A défaut de cotillons et de champagne pour l’anniversaire du 6 Mai (il n’y a que 24 % d’opinions favorables) les sondages offrent au Président une palette de scénarii au moment même où il cherche une posture présidentielle lui permettant d’enfiler enfin le costume que lui offrent les institutions et la pratique présidentielles : 54 % des Français pensent qu’il ne devrait pas dissoudre l’Assemblée Nationale ; 61 % sont favorables à un remaniement ministériel mais 68 % pensent que remanier et changer de Premier ministre ne permettraient pas d’améliorer la situation du pays. Mais, nouveauté dans le ciel politique, le retour du bon vieux rêve français : celui de l’union nationale (78 % des Français le souhaitent) et comme c’est le cas en Italie, Autriche, Irlande, Pays-Bas, Belgique. Et 47 % des sondés souhaitent voir François Bayrou entrer au gouvernement : un retour inattendu pour le centriste en passe de montrer qu’il n’est pas besoin de parti politique puissant pour faire partager sa vérité. Mais on voit mal, comme le souligne P. Perrineau « comment un Président élu depuis un an, avec une majorité au Parlement et dans les exécutifs locaux, pourrait ouvrir un gouvernement à droite. » De plus, il n’y a pas d’accord sur les grandes orientations. L’opinion publique a donc basculé dans l’imaginaire de l’union et de la réunion parce que, comme l’écrivait F. Goguel, « la politique, ce ne sont pas seulement des idées et des intérêts, mais aussi des tempéraments » face à ce que F. Bayrou annonce sur sa page facebook « les grondements souterrains d’un séisme qui vient, la désagrégation sociale qui s’accélère. Aucun ne sait ce qui va vraiment se produire mais tous pensent inéluctablement la survenue de quelque chose. »

 

Stéphane Baumont


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