Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Le saut vers l’inconnu

Le premier tour des élections départementales avait des allures de saut dans l’inconnu comme si tout avait été fait pour rendre le scrutin imprévisible : pour la première fois le vote avait lieu dans l’ensemble des cantons (jusqu’alors renouvelables par moitié) ; tous les cantons avaient été redécoupés (passant de 4035 à 2054) ; l’instauration des binômes mixtes ; le flou sur les compétences des futurs conseillers départementaux (le texte  de la loi faisant encore la navette entre les deux assemblées), sans oublier, autre inconnue de ce mode de scrutin, la participation. Qu’avaient proposé les études d’opinion quant aux verdicts des urnes ? La chronique d’une victoire annoncée par l’UMP ; la débandade du PS ; l’implantation renforcée du FN. Pascal Perrineau fait remarquer que “nationaliser le scrutin est un choix périlleux et que la thématique de l’antifascisme a des  effets pervers, car le FN a su retourner ce type de stigmatisation par le passé”. C’est en tout cas une campagne éclipsée par la menace du FN, le Premier ministre (pour sauver Matignon ?) donnant, pendant trois semaines, le ton, en faisant de la poussée du parti d’extrême droite le principal enjeu des départementales. Le tout relayé dans notre “hyper-sondocratie” par l’omniprésence (l’omnipotence ?) sondagère et médiatique qui a d’ailleurs contrasté avec l’absence de… candidats frontistes sur le terrain. Il n’empêche, comme le souligne J.P. le Goff : « Le FN est le trou noir de la politique ».

« Le FN est le trou noir de la politique »

L’UMP remporte la victoire rattrapant ainsi la rentrée politique contestée de Nicolas Sarkozy ; le PS se satisfait d’avoir évité une déroute (annoncée) ; les écologistes “coulent” mais le Front de Gauche limite la casse ; le FN s’enracine en milieu rural et dans la proximité locale mais progresse moins que prévu. Restent plusieurs questions auxquelles il faut tenter de répondre :

1/ Comment expliquer une participation plus forte que prévu ? C’est une mobilisation d’opposition avec le bon score de l’alliance UMP-UDI-MODEM et une mobilisation de protestation plus que d’adhésion en faveur du FN.

2/ Peut-on affirmer que Sarkozy est le “grand vainqueur” ? C’est le patron de l’UMP qui l’emporte mais surtout l’union UMP-UDI-MODEM qui vient de se montrer capable de battre la gauche et le FN en rejetant toute alliance avec le FN.

3/ Y a-t-il défaite du PS ? Pas une déroute, mais un très net recul dû à la division de la gauche. Après les municipales de 2014 c’est une pièce supplémentaire qui s’écroule dans l’appareillage territorial du PS.

4/ Que penser du score du FN ? Il n’est pas devenu le “premier parti de France” ; il s’enracine dans l’espace politique et territorial en inventant avec le concours – involontaire – de l’UMP et du PS, le “tripartisme” à la française.

5/ Quelles conséquences pour les Présidentielles de 2017 ? On peut être tenté de dire que le nombre de face à face UMP/FN sont autant de “21 avril” qui augurent du second tour de la Présidentielle de 2017. Reste, démocratie et République obligent, à s’interroger sur la légitimité du Président et du Premier ministre avec un tel décrochage du PS et une telle constance dans l’impopularité, pour le coup, destructrice.

 

 


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