Alex Lekouid
Alex
Lekouid
L comme Lekouid

Le samedi, tout est permis

3h30 du matin. Enfoncé dans un chemin, entre le mur du cimetière et les grands arbres centenaires, une voiture de la gendarmerie, tous feux éteints, guette la sortie des clients de l’unique discothèque à 50 km à la ronde. La scène se passe dans un village au fin fond du Gers. Tout le monde se connaît et travaille dur, mais le samedi, les jeunes et moins jeunes se retrouvent là pour faire la fête. 3h45, les fêtards devraient commencer à sortir pour rentrer chez eux. Brutalement, la porte s’ouvre et se referme, laissant échapper une musique assourdissante et un jeune homme bien réchauffé, malgré le froid de l’hiver. Manifestement imbibé d’alcool, il continue à parler à travers la porte. Sans réponse, il se met à marcher en se palpant jusqu’au milieu de la route, s’arrête et sort ses clefs. Ragaillardi par cette trouvaille, il entame une marche ondulante et cadencée jusqu’à sa voiture. 3h53, après plusieurs tentatives pour enfoncer la clef dans la serrure de sa vielle guimbarde, il finit par s’endormir, la tête appuyée sur la vitre. Au bout de quelques minutes, ses jambes fléchissent le réveillant en sursaut. Il profite de ce moment de lucidité pour planter la clef dans la fente, ouvre, manque de tomber et finit assis derrière son volant ; tout ça sous le regard des deux prédateurs bleus. 4h02, le jeune homme démarre son véhicule, puis dépose son front sur le volant et s’assoupit à nouveau. Brutalement, il ouvre la portière et se penche vers la route, pour rugir le trop plein d’alcool. Libéré de sa surcharge, il empoigne le volant. Ses marches avant et arrière pour sortir de la file de voiture garées relèvent du miracle. 4h20, la voiture avance et cale au bout de 150 mètres, là, les gendarmes démarrent aussitôt, gyrophares hurlants, et viennent se coller au pare-choc du chauffard. Ils descendent en courant, aident le jeune homme à sortir de l’habitacle tout en le neutralisant. Le garçon est paniqué, il s’excuse sans arrêt. Les gendarmes ne montrent aucun signe de sympathie et laissent deviner leur colère. 4h22 : « Permis de conduire, assurance du véhicule ». Le gamin met un temps fou à trouver ses papiers : « Voilà monsieur ! » « Bien, on va contrôler tout ça, maintenant soufflez dans l’éthylotest, fort, en comptant jusqu’à 10. » Le chauffard fait tomber la pipette et marche dessus malencontreusement. Le gendarme laisse exploser son exacerbation et lui en tend un autre : « Soufflez, je le tiens ». Le fonctionnaire regarde le test qui est négatif. « Recommencez et soufflez plus fort », mais le test est à nouveau négatif. « Vous allez venir avec nous jusqu’au poste pour la prise de sang. Nous allons sans doute trouver autre chose, n’est- ce pas ? » 5h48, le coupable est assis dans la cellule vitrée de dégrisement. Le gendarme regarde le jeune en fronçant les sourcils : « Ça a l’air d’aller mieux, dites-moi ? » « Ouais, je vais très bien, même », dit le prisonnier. « Bon alors vous n’avez pas bu, vous ne vous êtes pas drogué. Vous vous défoncez à quoi vous ? ». Le client du club se lève, s’approche et dit avec son plus beau sourire : « On en a ras-le-bol de se faire sucrer les permis, enlever les points et racketter avec vos contredanses. Donc, j’ai joué la comédie pour vous occuper, comme ça, mes potes ont pu rentrer chez eux sans être contrôlés. » 19h30 d’un autre jour, chez moi, à l’apéro. Je ne sais pas s’il y a eu des poursuites contre ce jeune agriculteur, mais avouez que cette histoire est aussi grisante qu’un excès d’alcool en boîte de nuit…


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