Alex Lekouid
Alex
Lekouid
L comme Lekouid

Le ridicule ne tue pas au fond

Allongé sur la plage, un quinquagénaire célibataire lit, alors que ses deux jeunes enfants préparent une construction de sable. Près des fillettes, la sacoche dans laquelle se trouvent les seaux et les pelles en plastique, s’éloignent lentement, attirés par les courants marins. Une très jolie femme en maillot de bain s’approche de l’homme pour l’alerter : « Monsieur, les jouets de vos enfants sont emportés par les vagues ! Allez vite les rattraper, je garde vos petites ! » Agréablement surpris, l’homme se redresse et succombe totalement au charme de cette beauté à demi nue. Aussitôt il gonfle la poitrine, rentre le ventre, pose ses mains sur ses hanches et pivote-le haut de son corps vers l’horizon pour étudier la situation. Il la remercie comme si elle venait d’éviter une catastrophe de grande envergure et plonge façon Tarzan, sous le regard des touristes. Quelques minutes plus tard, il saisit l’objet flottant comme si c’était un animal sauvage.

« Porté par l’intérêt de la jolie femme, il se remet à nager »

Le souffle haletant, il se retourne pour mesurer la distance qu’il lui reste à parcourir et réalise qu’il est bien loin de son transat. Porté par l’intérêt de la jolie femme qui ne le quitte pas des yeux, il se remet à nager avec le plus de grâce et d’amplitude possible, tout en pensant : « je n’ai plus de souffle, jamais je n’arriverai à revenir ». Commence alors le combat entre son envie de crier à l’aide pour échapper à la noyade et passer pour un amateur auprès de la magnifique inconnue ; ou continuer à l’impressionner en nageant jusqu’à la paillotte, et l’inviter à boire un cocktail pour faire connaissance. Chaque mouvement tétanise davantage ses muscles et amplifie sa panique : « Je n’ai pas fait de sport depuis des années et je n’ai plus 20 ans ; je n’en peux plus, je crois que je vais mourir ici. » Terrassé par la fatigue, il lâche malgré lui le sac qui s’éloigne à nouveau, fait deux ou trois petits battements et finit par ne plus bouger, en se laissant couler. C’est la fin se dit-il, quand, au même moment il sent son corps frapper le fond. Il se redresse d’un coup et se retrouve debout à quelques mètres de ses enfants, avec de l’eau qui lui arrive jusqu’aux hauts de ses cuisses. Soulagé d’avoir échappé à une mort certaine, il est maintenant envahi par la honte devant tous les vacanciers. Mais il y a pire, la belle créature remue la tête, ramasse ses affaires et quitte la plage en l’ignorant. Heureusement que le ridicule ne tue pas au fond, mais à la surface, faut voir ! : « Allez les filles, vous avez fait assez de bêtises comme ça, on rentre au camping ! »

 

 

 


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