Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Il est des moments dans l’actualité qui sont surtout faits de retournements, de contre-pieds, d’inattendus. Moments qui deviennent événements au point de nous donner la belle illusion de sortir de la banalité quotidienne : il y a d’abord la révélation de Dominique Bertinotti, ministre déléguée chargée de la famille qui a rendu rendant public son cancer en ajoutant de l’émotion et de la compassion publiques : « je voulais bien être un ministre malade pas une malade ministre. » Voilà une fois de plus posée la question de la révélation médiatique du patient-ministre, voilà une fois de plus soulignée la question du « choix du silence qui est de l’ordre de l’intime » et de l’attitude du Politique face à la maladie et à la mort.

Retournement aussi grâce à l’équipe de France de football avec la qualification inespérée pour le Mondial 2014 qui a brusquement réconcilié la France avec son équipe de foot. Un état de grâce qui illustre la relation schizophrène des Bleus avec leur public. Voilà une parenthèse enchantée comparable à celle de1998, une occasion de se ressouder d’autant plus remarquée « qu’en temps de crise on se raccroche aux symboles… Les Français se sont davantage célébrés eux-mêmes qu’ils n’ont célébré leur équipe » (selon le sociologue A. Sonnta). Côté politique, le climat a été à la réjouissance sur l’air de l’union nationale de F. Hollande à J-F Copé estimant « qu’ils ont fait honneur à nos couleurs. » Victoire providentielle au pays de l’homme providentiel, et le Président Hollande avait fait le déplacement.

Retournement au sommet de l’exécutif avec l’offensive politique du « collaborateur » du Président J-M Ayrault qui annonce – en ayant, paraît-il, à peine prévenu le Chef de l’État – une « remise à plat globale de notre système fiscal » et en affirmant qu’il reprenait en main le ministère des Finances – sans s’en ouvrir à Moscovici. Jean-Marc Ayrault serait-il en train de devenir le « Pompidou », le « Chirac » ou le « Rocard » du Président Hollande en donnant le sentiment qu’il institue là une nouvelle cohabitation ? Ou mène-t-il plutôt une contre-offensive face à un Président qui aurait proposé Matignon à Fabius ; lequel l’aurait refusé préférant s’installer à Bercy. L’interview du Ministre des Affaires étrangères au « Nouvel Obs » est un véritable missile anti-Ayrault (dont les jours seraient comptés) avec les propos suivants tels qu’interprétés : « On m’a proposé Matignon, j’ai dit non, mais ce n’est pas pour donner à Jean-Marc Ayrault tous les pouvoirs ! Mr Le Président de l’autorité. » Alors, attendons un peu pour avoir confirmation que l’opération « Après-Ayrault » est bel est bien « dans les tuyaux. » Laurent Fabius à Matignon c’est régler la question de Martine Aubry ou de Manuel Vals, c’est installer à Matignon (et à Bercy en même temps, comme Raymond Barre le fut dans ce cumul de situations de crise) un homme qui connaît la fonction puisqu’il l’a exercée de 1984 à 1986 et qu’il ne sera pas le rival de F. Hollande en 2017. Ainsi Fabius, grand critique du candidat Hollande en serait, peut-être plus vite qu’on ne le pense, son Premier ministre. Tout cela dans une France ainsi définie par Vincent Tiberj dans « Des votes et des voix. De Mitterrand à Hollande » (éd. Champ social) qui vient de paraître après le dépouillement de trente ans d’enquête d’opinion : « La France est plus tolérante aujourd’hui qu’hier et plus que jamais sensible à la parole politique. » Cette étude tend à démontrer « l’importance primordiale du constat idéologique. Or, il y a aujourd’hui à gauche un gros déficit de prises de positions et de débat… S’il y a droitisation, c’est d’abord du débat politique. » Le temps est décidément aux stimulantes lectures et à… l’action !

 

Stéphane Baumont


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