Alex Lekouid
Alex
Lekouid
L comme Lekouid

Le rendez-vous du temps

C’est le jour où je t’ai perdu que j’ai réellement pris conscience de ce que tu représentais pour moi. Déboussolé et submergé d’émotion, je suis monté sur la montagne du désespoir pour confier à Dieu tout le vide que je ressentais. Je lui ai parlé si longtemps de toi, que j’ai vu les saisons transformer mes larmes de glace en pluie d’été, pour finir en poussière sur mes joues creusées. Après avoir vidé le ciel de toutes ses prières, je suis redescendu, aveuglé par la peine de mon âme esseulée. Sans réponse à mes questions et sans savoir où aller, je me suis mis à te chercher dans tout ce qui m’entourait. Je t’ai cherché comme on cherche un guide qui connait le chemin qui mène à l’amour inconditionnel. La nuit, j’ai confondu le présent avec le passé pour te parler comme jamais je n’avais osé. Le jour, j’ai fait de toi un saint pour que tu puisses continuer à m’écouter et à m’aimer au-delà de la frontière qui nous sépare.

« Je t’ai vu apparaitre comme par enchantement »

Et quand je suis tombé, genoux à terre, épuisé de marcher, j’ai continué à te chercher jusqu’aux confins de mes souvenirs exacerbés. Puis, vint ce jour de grâce où j’ai cru sentir le poids de ta main sur mon épaule comme pour m’apaiser. Alors je me suis relevé comme libéré, mais cette fois pour retourner près de mes enfants et leur offrir tous les mots et l’amour que je t’avais réservé. Aujourd’hui, en m’habillant pour le repas qui rassemblera toute la famille autour de moi, je t’ai vu apparaitre comme par enchantement. À peine dissimulé sous mes propres traits, tu m’observais en mimant tous mes faits et gestes. Tu étais juste devant moi, glissé dans mon costume, tes yeux plantés dans mon regard étonné. Toutes ces années à te chercher et tu étais là, mêlé à moi, à mes expressions, à mon allure. Comme jailli du temps passé, je te redécouvre plus jeune dans mon visage façonné par les années. En ne regardant que toi à travers moi dans le reflet du miroir, je souris car tu as l’air aussi heureux que moi de te retrouver. Bizarrement, je n’ai pas besoin de te parler, car désormais tu connais toutes mes pensées ; si une chose à te dire peut-être : « Bonne fête mon papa ! Viens, on va fêter ça…»

 

 

 


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