DorianDreuil
Dorian
DREUIL
Conseil d'administration Action contre la faim. Délégué à la vie associative.

Le prix de la coopération

« Agir, c’est se protéger », écrivait Françoise Giroud. Mais se protéger de qui ? Pourquoi ? De nous-mêmes surement. Agir face au drame lointain et silencieux de la faim, c’est se protéger du regret, un jour, de n’avoir été qu’un simple spectateur. Dans une actualité locale et nationale de plus en plus inquiétante, il n’y a pas pire piège que de ne penser qu’à nos seules inquiétudes. Pour Hugo Pratt, « la sortie est dans les rêves », pourquoi donc ne pas continuer de rêver d’un monde plus juste, d’un monde sans faim, quand bien même notre actualité serait de plus en plus obscure ? Ne pas agir, c’est surement se condamner à ne plus rêver.

Ne pas agir contre la faim, c’est le risque de voir le PIB d’un pays chuter de plus de 6%. C’est l’exemple d’une baisse de 16,5% pour l’Éthiopie quand l’Afrique et l’Asie perdent chacun 11% de leur PIB annuellement. Dans cette équation morbide, la politique de développement française est la grande absente. Les discours et les engagements se succèdent, mais s’effacent quand les caméras se retirent. Quand l’Irlande ou le Canada consacrent respectivement 10% et 7% de leurs aides publiques au développement à la lutte contre la faim, la France, elle, y consacre moins de 1%. La France des Droits de l’Homme ne semble que très peu préoccupée par cet enjeu mondial de santé publique, par ces millions de vies laissées pour compte. Si l’Aide publique au Développement est une solution contre la faim les collectivités locales aussi, pourtant la coopération décentralisée est la grande absente de la campagne électorale alors qu’il s’agit la d’une des compétences des Régions.

« La coopération décentralisée est la grande absente de la campagne électorale »

Non seulement on ne parle pas de la coopération internationale, mais quand elle abordée c’est pour promettre sa suppression, sacrifiée sur l’autel de l’abject patriotisme économique du parti français d’extrême droite. Honteux, quand on sait qu’il pourrait sauver des vies. La Région dispose d’une loi pour la solidarité, la loi Oudin-Santini. Votée en 2005, elle permet de faciliter l’engagement des collectivités territoriales dans la solidarité internationale. Ladite loi habilite les Régions, syndicats et agences de l’eau à affecter jusqu’à 1 % des recettes de leurs services d’eau potable à des actions de solidarité internationale. En 2011, 21 millions d’euros ont été collectés via la loi Oudin-Santini. À ce jour, seulement 40 % de la loi est utilisé alors qu’une application totale de ce dispositif législatif permettrait de mobiliser jusqu’à 64 millions d’euros par an, et autant de vies sauvées. Quand la région Nord-Pas-de Calais, pour ne citer qu’elle, mène des projets de coopération au Mali ou au Sénégal c’est son territoire et ses citoyens qui rayonnent, qui s’honorent, qui rêvent encore plus fort d’un monde meilleur. Mais au-delà de la question du financement de la solidarité, la coopération décentralisée permet aussi de développer des liens étroits entre collectivités du Nord et collectivités du Sud. Ces liens peuvent perdurer au-delà de la présence de l’ONG notamment dans la préoccupation permanente d’engager des solutions d’avenirs, mais l’avenir ; comme la coopération décentralisée a un prix : celui d’agir, enfin.

 

 


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