Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Le principe espérance

 

À la veille de la semaine de tous les achats, de toutes les réservations au restaurant ou à l’hôtel, dans l’attente des premiers flocons qui se poseront sur la neige artificielle déjà imposée aux paysages de montagne, une étude de l’Institut CSA intitulée « Français si vous pouviez réinventer la France ? » montre la difficulté des hommes politiques à gérer le pays et à inventer l’avenir. Les Français veulent tout changer sans que rien ne bouge ; renverser la table en sauvant les meubles - 26% des 2000 sondés affirment qu’ils préfèrent ne pas vivre en France - 56% qu’il faudrait réformer en profondeur – 28% « pour transformer radicalement ». Le changement est une notion positive pour 87%, la « réforme » pour 75%, la « révolution » trouve même 57% d’adeptes. Une nette majorité des sondés porte un jugement très sévère sur les choix faits par leurs dirigeants au cours des dix dernières années. Seuls trois domaines – système de santé, affaires étrangères, protection sociale – rencontrent une courte majorité de bonnes opinions. Sont particulièrement condamnés la gestion des finances publiques, la fiscalité, le développement économique et la politique d’immigration. Les Français sont très attachés à l’ossature de leur pays : 78% sont favorables à un État fort, décentralisé (pour 56%) organisé « en grandes régions et en départements ». Voilà le cadre souhaité par la population : conservatoire de l’histoire et de la géographie. Quant aux entreprises publiques présentes dans les secteurs clés de l’économie, 60% les applaudissent alors que 55% adhèrent au mot « libéralisme ». Quant au système de retraite par répartition il est bien considéré par 60% des sondés qui saluent à 70% notre système d’assurance-maladie ; 71% approuvent cette définition de la laïcité (« L’État est neutre et garantit le libre exercice des cultes ») et 71% préfèrent l’euro à un retour au franc.

 

« 71% préfèrent l’euro à un retour au franc »

 

Nous sommes décidément bien loin de la révolution ou de l’insurrection annoncées ici ou là sans l’algorithme de l’idéologie qui l’accompagnerait (!). Mais il y a toutefois deux demandes fortes : 63% rêvent d’un chef de l’État ayant eu une longue expérience dans le privé ; 69%  évoquent quelque chose de négatif pour l’immigration et 40% (une forte minorité donc) veulent remettre en question l’espace Schengen : le droit du sang est préféré au droit du sol ; le regroupement familial est préféré au cas par cas. Quant au domaine du travail, 49% sont favorables à l’augmentation à 39 heures, 43% souhaitent le retour à la retraite à 60 ans. Autant d’éléments révélant les contradictions et paradoxes d’une France aux fractures multiples, partagée entre trois rêves : celui scandinave (30%), celui du « rêve anglo-saxon » (18%), celui du « rêve de la France d’avant » (27%). Voilà l’affrontement de trois familles auquel il convient d’ajouter les 26% qui ne veulent pas vivre en France ; voilà le miroir du moment de Français qui n’aiment pas leurs gouvernants tout en étant difficilement gouvernables. Voilà l’une des photographies de la France au mitan d’un quinquennat dans lequel le président, l’opposition, les acteurs du Politique que sont les citoyens entendent décliner « le principe espérance » en l’identifiant à l’idéal démocratique.

 


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