Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Le nouveau hyper-président

C’est au moment même où Jean-Marc Ayrault se voit attribuer le qualificatif « d’anti-héros » (la rançon qualificative d’une Présidence normale) et ne gagne pas la confiance des Français que les chroniqueurs et politiques lui demandent « juste un peu d’audace » pour la réforme des retraites, la droite et la gauche se repassant la patate chaude des retraites sans élaborer de solutions durables. C’est à ce moment qu’à nouveau les mots l’emportent sur la realpolitik et que les « fameux efforts de tous équitablement répartis » se heurtent – comme d’habitude à exonérer d’efforts tous ceux qui sont bien à l’abri dans leurs niches très sécurisées. C’est au moment même où une légère embellie marque la deuxième année du quinquennat du Président que ce dernier découvre que sa courbe de popularité n’est pas uniquement indexée sur celle du chômage, mais aussi son style « techno » et « énarque » dont l’absence de clarté, de pédagogie et d’émotion empêche les aiguilles du baromètre de la confiance de connaître l’espace du… « beau temps » politique. Le Président a du mal à être audible, il « n’imprime pas », il a beau parler, il n’est pas écouté. Il faut donc changer la communication : tel était le premier objet de son passage à l’émission Capital sur M6 après l’adresse au gouvernement le 6 mai, l’adresse aux journalistes le 16 mai ainsi qu’aux parlementaires de la majorité. Décidément, un mois de mai très fourni qui pourrait conforter le frémissement inédit de bienveillance populaire au seuil sévère du tombeau de la légitimité pouvant conduire à la crise de régime et à une certaine forme d’ingouvernabilité dont l’anti-héros Ayrault et son gouvernement feraient les frais sur l’autel d’un remaniement dramatisé permettant de limiter les dégâts avant les municipales et les Européennes. La phase politique actuelle est celle de la reconquête de l’opinion, de son électorat – notamment ses franges les plus populaires -,  l’objectif étant d’être mieux entendu, de mieux marquer les esprits, de faire passer des messages retenus. Autant d’éléments d’une politique de communication qui transforment peu à peu Hollande en « hyper-président » parce que selon le spécialiste des médias Dominique Wolton, « le Président parle trop, Hollande tombant dans le piège de l’hypermédiatisation ; cette multiplication des prises de parole n’est pas saine parce que la parole présidentielle va plus vite que les actes… Du coup, le récepteur a tendance à se dire : « cause toujours ». Il n’est pas évident que cette nouvelle pratique de la communication ne conduise pas à une confusion en croyant comme le souligne D. Wolton que « l’omniprésence médiatique est un accélérateur de crédibilité. Au contraire, cette course aux médias finit par entraîner usure, lassitude et effet de saturation ». Analyse à comprendre face aux thèmes prioritaires des Français : 47 % le pouvoir d’achat, 46 % le chômage.

Ainsi, cinq ans après les débuts de ce que les économistes appellent « la grande récession », la gauche et le Président Hollande se préparent à une rentrée « chaude », à un automne redoutable avec l’absence presque totale de marges budgétaires. Ainsi la réforme à venir des retraites (la quatrième en vingt ans fait suite à celles de Balladur, Raffarin, Fillon). La question, au-delà de toute politique de communication reste entière : « Comment piloter au mieux les réformes structurelles de façon à limiter leur impact négatif sur la conjoncture ? » Il y faut selon les observateurs de la « souplesse ». Ce dont nous avons le plus manqué depuis 40 ans. Il ne faudrait pas dès lors que faute de volonté de fer dans ce domaine, nous ne sombrions dans une politique de communication qui, en donnant des bourgeons à l’arbre d’une popularité renaissante cache la forêt de l’échec des politiques publiques essentielles à la Nation ; au moment même où Villeneuve-sur-Lot « nous offre » un deuxième tour UMP-FN.

 

 Stéphane Baumont


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.