Alex Lekouid
Alex
Lekouid
L comme Lekouid

Le miroir

Il était une fois, dans une contrée lointaine, un chevalier meurtri par son amour volé. Voilà des mois que la femme qu’il aime a été choisie par son roi veuf, pour être sa nouvelle reine. Homme d’honneur et fidèle à son souverain, il combat l’ennemi sans relâche, en défiant la vie dans l’espoir de périr, pour ne plus souffrir. Mais un jour, il reçoit un message de sa belle lui demandant, en l’absence de son royal mari, de se hâter à lui rendre visite. Il prit alors sa plume et lui écrivit en retour : Votre Altesse, ma belle, l’attente de vos nouvelles a fait de ma vie un désert. Perdu, sans eau pour étancher mon amour et sans boussole pour savoir que penser, j’étais aux abois jusqu’à ce que votre missive me remplisse d’espoir. Je chéris déjà le temps de nos retrouvailles ;  je vous regarderai jusqu’à ce que je vous voie les yeux fermés et boirai vos paroles à m’enivrer. Je vais implorer les dieux pour que les jours qui nous séparent se changent en seconde, et me rapprochent de vous à la vitesse d’une flèche enflammée. Cela fait un an que mon regard ne s’est pas posé sur votre visage. Oui, une année sur un calendrier  pour le commun des mortels, mais un siècle d’hiver sans lumière pour mon cœur mortifié. Un siècle que j’ai passé à conjuguer au présent, les moments plus que parfaits perdus dans le passé composé de vous et moi. Parler avec vous est une symphonie, vous regarder est une inspiration et vous embrasser une renaissance. Après votre départ, j’ai plongé dans un songe troublant avec ce qui me restait de vous, votre parfum et le goût de vos lèvres. Votre corps représentait une chaîne de montagnes majestueuses, dans laquelle je me suis égaré. Cherchant mon chemin dans la pénombre, seuls vos pupilles éclatantes éclairaient mes pas. Tout autour de moi frémissait d’émotion, j’avançais doucement en tâtonnant, avec comme tout bagage pour mon voyage, un intense désir de vous étreindre. J’arpentais avec allégresse chaque flan, chaque creux, chaque sommet de vos monts et vallons. J’ai touché, caressé, embrassé le sol de votre peau puis, je me suis recueilli au sein de vos seins pour me ressourcer, jusqu’au bout de ma nuit. Depuis j’ai épuisé tous les rêves de l’obscurité pour vous retrouver et attendu de vos nouvelles jusqu’à ce que ma raison sombre dans le désespoir. Petit à petit, le froid de votre absence et les pluies de mon chagrin se sont emparés de mes forces. Sachant que sans votre amour, je ne pouvais subsister, je me suis éloigné en attendant de trépasser. Mais le jour vient de se lever, votre billet qui m’invite diligemment à vous retrouver, m’a insufflé la vie. A présent je me suis vêtu de fierté et mon sourire s’est affiché. Je voudrais déjà être près de vous et m’enflammer telle une bougie de prière, pour vous réchauffer de mon fervent amour. Vous êtes comme cet oiseau rare, magnifique et sauvage, qui m’a laissé un jour m’approcher et vous toucher ; depuis mon cœur, mon corps et mon âme se sont associés pour vous aimer. Je suis sur le point de prendre la piste qui me mènera à vous, mais n’arrive plus à bouger. Cela fait dix minutes que je suis devant le miroir et que nous réfléchissons ensemble, lui reflète mon image ragaillardie et moi je me regarde au travers ce que je sais : la vérité et que ma passion pour vous n’a pas de place dans votre palais. Il n’y a aucune possibilité pour que vous redeveniez mienne. Je crois que je vais renoncer à venir et la mort dans l’âme, aller au-devant de l’épée qui m’ôtera la vie. Quoi qu’il en soit, sachez ma reine, que même si je vous ai perdu de vue, je reste éperdu de vous…


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