Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

La France du désenchantement

La France est décidément, à travers l’histoire contemporaine, au miroir de son équipe de football. Comme si depuis 1998 (soit il y a quinze ans) les performances du XI de France reflétaient l’état du pays, comme si défaites et victoires étaient le plan politique, économique et social. On a ainsi connu la France « black-blanc-beur » de Zidane et de la victoire en 1998 (avec la popularité record des deux acteurs de la cohabitation, Jacques Chirac et Lionel Jospin). Puis ce fut le déclin du football français (de la 2e à la 21e place au classement mondial de la FIFA), puis le « coup de boule » de Zidane en pleine finale du Mondial 2006, puis les sifflets contre La Marseillaise au Stade de France, la « main » de T. Henry permettant la qualification en 2010, et la débâcle morale et sportive en Afrique du Sud… On est passé de l’adulation à la critique absolue avec la défaite contre l’Ukraine), de l’enthousiasme au désamour, de « l’Union Nationale » (titre patriotique très 1914 de l’équipe) à la démobilisation, de la fierté au désenchantement. Et d’attendre là comme en politique l’homme providentiel ! Singularité des comparaisons quand on apprend, par un sondage (IFOP-JDD) que jamais un Président sous la V° République n’avait connu aussi peu de satisfaits (20% seulement), jamais non plus un niveau aussi haut de mécontentement (79%) ; reste… à atteindre les niveaux record de Raymond Barre (18% en 1976) ou d’Édith Cresson (18% en Juillet 1991). Même si les contextes sont différents et si les baromètres proposés depuis Sarkozy mériteraient selon Jean-Luc Parodi, Directeur de la Revue Française de Science Politique, « un baromètre corrigé des variations croisières. »

Quelles explications donner ? Quelles réponses fournir ? Au-delà de la désespérance sociale, une demande d’autorité de plus en plus nette, la fin de l’indécision et du laxisme, cette incapacité à tenir le cap alors que le Président en a les moyens politiques et constitutionnels, le cas « Léonarda » et sa mauvaise gestion, l’absence de constance et de pédagogie dans une communication politique qui se cherche, alors même que les sondages montrent que l’UMP et le FN ne feraient pas mieux que la gauche au pouvoir. Comme si le désenchantement général voulait se manifester à travers d’autres formes moins institutionnelles de contestation comme « les bonnets rouges », les « pigeons », les « abeilles », les « anti-mariage pour tous » et que tous les partis politiques étaient condamnés à la défiance qui pourrait électoralement se traduire par de fortes abstentions en 2014. F. Hollande, président le plus impopulaire depuis 1958 et notre régime politique dont les partis suscitent une vraie crise de défiance : deux point forts qui montrent que, l’espoir n’étant nulle part, ni dans un homme ni dans un parti politique (même le FN), la fronde est là et l’insurrection contestataire aux portes du Politique ! Et plus que les acteurs politiques c’est le régime, son système de représentation, sa constitution même qui sont en crise, tant il est vrai, selon le professeur Georges Burdeau que « le politique n’est pas autre chose que l’expression de la conscience que le groupe prend de son autonomie et de son destin propre. »

 

 Stéphane Baumont


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