Rémi Vincent
Rémi
Vincent
Militant du Front de Gauche - élu de Colomiers

« Le féminisme est un communautarisme qu’il faut combattre. »

Guillaume Brouquières (UMP) s’est lâché la semaine dernière, quand il a prononcé cette belle sentence. Au détour d’un « débat » sur facebook, le responsable départemental des Jeunes pop a balancé la purée. Vous savez, la purée pleine de grumeaux et trop salée, qui donne une petite nausée.

 

C’est là la bonne droite comme on l’aime : ringarde, rétrograde et beauf. On sort le gros rouge qui tâche, on réfléchit pas trop à ce que l’on raconte tant que ça fait « peuple » et qu’ensuite on peut vomir sur la « bien-pensance de gauche. » Génération Nadine Morano, Frédéric Lefebvre et Valérie Rosso-Debord, apôtres du sarkozysme vulgaire.

 

Cela partait d’un constat -amical mais néanmoins amer- que les chroniqueurs du Journal Toulousain était essentiellement (exclusivement) des hommes. Ce qui était l’occasion de souligner, sans esprit inquisiteur mais tout de même, que les femmes étaient éloignées de ces lieux de débats et de pouvoir. Qui pourraient mettre en doute cela ? A peine 27% de femmes à l’Assemblée nationale, 14% dans les conseils généraux, 30% parmi les cadres des entreprises privées et semi-publiques, 17% parmi les dirigeants de sociétés salariés…

 

Donc, le fait de ne donner la parole dans des débats politiques et donc avec enjeux de pouvoir (au sens noble du terme) qu’à des hommes, contribue au maintien de ces inégalités de condition et de représentation. C’était un simple constat, sur lequel tout militant féministe se base, mais que les chiffres appuient de leur froideur légendaire.

 

Guillaume Brouquières expliquait ensuite le phénomène du viol par la simple supériorité physique de l’homme sur la femme. Rappelons pour mémoire que l’on estime à 75.000 le nombre de viols par an en France (9 par heure), et à plus de 190.000 le nombre de tentatives. Ce sont les femmes qui en sont le plus victimes, à hauteur de 90%.

 

Pour ce qui est de cette prétendue « supériorité physique », elle est inopérante en tant qu’explication, puisque plus de la moitié de ces viols ne sont pas accompagnés de contrainte physique. C’est donc bien une domination d’une autre nature qui se matérialise ici. La femme est diminuée à un état de « chose sexuelle » dont on dispose en cas de pulsion, et souvent sans résistance physique, ce qui en dit long sur la violence psychologique et sociale qu’il y a derrière.

 

Qu’est-ce que le féminisme ?

 Le féminisme est un combat proactif (et non uniquement défensif) ayant pour but l’abolition de toutes les formes de domination de l’homme sur la femme.

C’est donc tout d’abord un combat personnel de remise en cause de tous ses propres réflexes ou acquis (insérés dans notre habitus) qui peuvent constituer des formes de domination. Quand on devient féministe rationnellement, on se découvre et on se remet en question. Et on se surveille.

C’est donc aussi un combat pour la défense des droits des femmes. Je pense ici par exemple à la défense du droit de disposer de son corps librement (IVG, contraception pour toutes et gratuitement), car la femme n’est plus une génitrice à la sexualité monolithique.

Il y a également le combat pour l’égalité des conditions, c’est-à-dire l’égalité réelle qui achève l’égalité formelle. Par exemple, il est interdit de rémunérer différemment une femme d’un homme, à compétences et diplômes égaux. Pourtant, les femmes gagnent près de 20% de moins que les hommes.

C’est encore pire concernant la précarité : 80% des « smicards » sont des femmes, idem pour les salariés à temps partiel et les CDD.

Sur ces questions, le Front de gauche propose de limiter la proportion de contrats précaires dans les entreprises et de doubler les moyens de l’Inspection du travail pour enfin faire respecter l’égalité dans l’entreprise.

Enfin, c’est un combat contre les représentations inconscientes qui contiennent la femme dans des rôles, fonctions et activités dites « féminines » : les métiers du social, de l’enseignement, de la mode ou de l’esthétique, les postes d’adjointes aux solidarités, à l’éducation, la responsabilité des enfants, des tâches ménagères.

 

Ces représentations leur prêtant en effet des qualités prétendument inhérentes à leur état de femme : la sensibilité, le sens du dialogue, le sens artistique, la coquetterie, la douceur…

 

Pourquoi le féminisme n’est-il pas un communautarisme ?

 

Parce qu’il s’agit de défendre des droits universels ! L’égalité des hommes et des femmes, c’est comme l’égalité entre les noirs et les blancs à une époque, et pendant la guerre comme l’égalité entre les juifs et les non-juifs : c’est un combat contre une domination d’une catégorie de personnes sur une autre.

Domination qui est basée sur des arguments -ou structures inconscientes- essentialistes : le noir est plus bête que le blanc mais plus robuste (donc l’esclavage), le juif est sournois et comploteur (donc la Shoah), la femme est douce et maternelle alors que l’homme est fort et a le sens des responsabilités publiques (donc le patriarcat.)

Je ne fais pas ici le parallèle entre l’esclavage, la Shoah et le patriarcat, évidemment, ce sont des dominations aux structures, origines et intensités différentes. A noter cependant que le patriarcat est millénaire et sur tous les continents.

Mais je voulais quand même expliquer pourquoi le féminisme n’est pas un communautarisme : c’est bien parce qu’il est un combat pour l’égalité de tous les êtres humains. Le communautarisme, c’est la demande de reconnaissance de spécificités entre des « communautés », ici ce n’est pas le cas.

Alors, cher Guillaume Brouquières, sortons de ces préjugés ignares, et parlons plutôt des manières de lutter contre ces inégalités.

 

 

 Rémi Vincent

Militant du  parti de Gauche


UN COMMENTAIRE SUR « Le féminisme est un communautarisme qu’il faut combattre. »

  1. Patrick Aubin dit :

    Les clichés en ce qui concerne l’égalité ont la vie dure et notamment en ce qui concerne les rémunérations. La seule égalité qui est juste de défendre, c’est celle des droits naturels et imprescriptibles, à savoir, la liberté, la propriété, la sécurité et la résistance à l’oppression.

    Qui embauche aujourd’hui en disant : comme vous êtes une femme, je vous embauche à -20% de ce que j’aurai donné si vous étiez un homme ? Le marché du travail est un marché où doit jouer la concurrence, et cette concurrence joue entre homme et femme, comme elle joue entre femmes ou entre hommes. Laisser croire qu’il n’y a aucune différence entre homme et femme est une hérésie : si c’est le cas, alors dans tous les sports, laissons concourir les hommes et les femmes dans les mêmes disciplines !!! A moins que l’on souhaite abolir la compétition sportive afin d’aller jusqu’au bout de la logique de l’égalitarisme !

    Ensuite laisser croire que les emplois ne peuvent pas être précaire est contraire à ce qu’est un emploi : suivant l’évolution des technologies, il est nécessaire de voir évoluer les métiers et donc de voir certains métiers disparaitre et d’autres apparaitre. Ne pas vouloir licencier, c’est vouloir figer tous les emplois, et donc refuser l’évolution.

    Si on pouvait payer tout le monde à un haut niveau de salaire, en ayant les prix les plus bas pour les biens et services, toutes les sociétés le feraient. Vouloir égaliser les rémunérations, c’est vouloir ne pas reconnaitre le mérite, penser que tout individu travaille de la même façon qu’un autre, et surtout vouloir entretenir un mythe : que la création de richesses est là pour donner de l’occupation aux individus de manière égale.

    Évidemment ce n’est pas le cas, mais malheureusement une majorité de français s’imagine qu’il peut devenir riche en spoliant, par le système politique dénommé État, ceux qui créent cette richesse, au lieu de le faire par l’échange volontaire car cette majorité doute d’elle-même et de ses capacités à être sur le marché du travail. La réalité est en train de rattraper cette conception étriquée et simpliste de l’économie : se sécuriser au détriment des autres est une inégalité qui est contraire à l’esprit des droits de l’homme, elle concoure à bafouer la liberté d’autrui et à voler sa propriété.

    La dictature de la majorité qui est mise en place par la démocratie (que l’on peut d’ailleurs renommer par “démocrassie”) aboutit toujours à la répartition de la misère !!!

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