Philippe Motta
Philippe
Motta
Chronique d'un temps qui leur échappe

Le chauffeur de la papamobile

 

Comme chacun sait, les communautaristes et le débat sur la laïcité sont vecteurs de paix sociale. Le moment est donc particulièrement opportun pour décréter que le bout de goudron qui nappe le devant de la basilique Saint-Sernin s’appellera désormais « Place Jean-Paul II ». Bon, vu que personne n’y habite, cela ne devrait pas défriser le facteur. Mais, diable, quel impératif y avait-il à trouver un nom pour cet espace qui accueille, au mieux, quelques étals de plein vent le dimanche ? Pour les Toulousains, nous sommes « place Saint-Sernin » depuis plus de onze siècles,  et il devenait donc urgentissime de soulever un débat unilatéral venu du Capitole. Car cette bonne idée vient de la Mairie. Les socialistes incriminent Jean-Luc Moudenc mais, curieusement, c’est Jean-Michel Lattes « premier adjoint en charge des dénominations de voies » (sic), qui se colle à l’explication de texte. Sur le ton de « bisque-bisque rage », il cite Bertrand Delanoë qui a ajouté le label « Jean-Paul II » au parvis de Notre Dame. Il oublie simplement de dire que c’est eu égard au passage du Saint-Père, qui y a donné une messe. Il est finaud, Jean-Michel Lattes. Tiens, il n’y a qu’à voir son site internet : au rayon de son rayonnement, il y a au moins cinq cents lignes d’intense modestie.  Comme il enseigne deux ou trois matières, il recense tous ses emplois du temps à chaque année scolaire, plus les cours qu’il donne à droite à gauche, ça fait masse, il remplit des pages entières et note même ses participations à des colloques.

 « Il est toujours un chouïa derrière le rideau »

Tout juste s’il ne répertorie pas les fois où il met la table à la maison. Il est partout. Membre d’un club de rugby, de la chorale « Les mâles au chœur de Tolosa », aficionado co-fondateur de la pena Pilacoula, membre « d’honneur » des jeunes dirigeants du BTP ( ?… des copains, sans doute), « Maistre » des vins de Gaillac, et « chevalier » de la Confrérie de la fraise du Périgord. On en passe… et on se dit que malgré tant de coches à fouetter, le mec trouve quand même le temps de penser à baptiser le parvis de la basilique Saint-Sernin. On en vient aussi à se demander comment un animal politique ainsi gaulé, capable de faire ronfler le moindre petit job d’été (à 20 ans, il se propulse « responsable » à la Banque de France), habile à faire gloriole du moindre hochet susceptible d’asseoir sa grandeur à ses yeux (il répertorie toutes les corridas dont il a été assesseur), choisit soudain ce moment de l’Histoire pour jouer les bedeaux d’une cause qui visiblement ne lui appartient pas, car rien n’indique dans son auto-hagiographie un quelconque penchant pour les affaires de calotte. En revanche, on note tout de même que le bonhomme aime les podiums, les honneurs, et ne récuse aucune des petites talonnettes qui font les grands egos. Cependant, il est toujours un chouïa derrière le rideau. Mais son narcissisme social est trop bling-bling pour faire de lui un homme de l’ombre – ceux-là sont toujours plus discrets sur leur passé – et on retient au final qu’il se veut plus éminent qu’il n’est éminence. Ainsi, quand il se pique de vouloir baptiser le parking de Saint-Sernin, on se dit que l’idée lui a été soufflée et qu’il la défend pour complaire, tant on pressent qu’il est capable de cultiver l’humilité pour en tirer gloire. Il est finaud. Avec lui, les Mousquetaires restent au rayon « Poche », et c’est Planchet qui rentre dans La Pléiade.

 

 


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