Marianne Meyzen
Marianne
Meyzen
Membre du bureau de l'UDI 31

« Le bon soin d’avant » en stress oxydatif

 

 

Comme une litanie, les médias égrènent le mécontentement du corps médical, tous syndicats confondus. Des sages-femmes réclamant la valorisation de leur statut aux médecins libéraux dont 80 % sont en grève nationale depuis Noël et jusqu’au 1er janvier, tous sont vent debout contre les orientations prises par leur ministre. Et massivement soutenus par les Français. Le dénominateur commun des professionnels est de ne se sentir ni écoutés ni respectés. Main de fer dans un gant de crin, Marisol Touraine affiche une inflexibilité rare face à leurs doléances. Rien ne l’aura incitée à recevoir les responsables des médecins libéraux, généralistes et spécialistes, pas même le risque d’engorgement des services des urgences pendant les fêtes de fin d’année. Les urgentistes sont d’ailleurs les seuls à avoir bénéficié d’un peu d’attention de la part de leur ministère de tutelle, avec lequel un accord vient d’être conclu quant à la durée du temps de travail, harmonisée avec la législation européenne. Si l’AMUF (association des médecins urgentistes de France) et leur président Patrick Pelloux réussissent à faire entendre leur voix, il en est autrement d’un mouvement de grève illimitée qui affecte le service toulousain des Urgences Traumatiques de Purpan depuis près d’un mois. C’est l’un des hôpitaux les plus célèbres de France et la fierté de la Ville Rose. Appartenant au CHU de Toulouse, régulièrement en tête des palmarès du magazine Le Point consacrés aux meilleurs hôpitaux de l’Hexagone, Purpan est une institution où l’on va, à raison, se faire soigner en toute confiance. Depuis plusieurs semaines pourtant, il n’est pas rare de voir banderoles et manifestations devant sa grille d’entrée.

C’est que l’un de ses services les plus emblématiques est chroniquement malade. Victimes de leur réputation et de la qualité des soins qui y sont dispensés, les urgences accueillent de plus en plus de monde. De l’Unité Traumatique à l’Accueil médico-chirurgical (non traumatique), en passant par les Consultations psychiatriques d’urgence, les Consultations d’urgence généraliste, l’Unité d’hospitalisation de courte durée et la « S.A.U.V. », service d’accueil d’urgence vitale ouvert il y a trois mois, ce sont des dizaines de patients qui y sont orientés chaque jour. Celles qui connaissent les dysfonctionnements les plus importants sont les Urgences Traumatiques, soignant accidents, tentatives de suicide et agressions. La raison en est simple : leur personnel soignant fonctionne en flux tendu. Jusqu’au début de l’année 2014, les soignants devaient traiter une moyenne de 4 ou 5 patients par heure pour chacun des deux binômes formés d’un(e) infirmier(e) et d’un(e) aide-soignant(e) de jour comme de nuit. Travaillant alors 3 week-ends sur 4, le service bénéficiait d’un binôme supplémentaire. Depuis le mois de mars dernier, les urgences « traumato » se sont vu imposer le rythme de 2 week-ends sur 4 et leur équipe réduite à deux binômes. L’ouverture au printemps de l’hôpital Pierre-Paul Riquet, regroupant les trois pôles médicaux d’un institut locomoteur, rhumatologie, orthopédie, le pôle céphalique ainsi que le pôle neurosciences, aurait changé la donne des Urgences Traumatiques. Le nombre de cas gérés par ce service aurait été porté à une moyenne horaire de 8/9 patients. Aux dires des urgentistes dénonçant leurs conditions de travail, la situation n’est pas tenable et engendre un risque sanitaire. Comment ne pas être interpellé, lorsqu’on se penche sur les prises en charge, souvent graves ? Ainsi, il faut 25 mn à un binôme pour apporter les premiers soins à un patient accidenté de la route avant qu’il ne soit vu par le médecin assisté d’un interne, puis une surveillance régulière tous les quarts d’heure pendant 2 heures pour éviter le risque hémorragique, voire pendant 4 heures dans le cas d’un traumatisme crânien. Sur 24 heures, des pics d’activité apparaissent. Si la tranche 20H45 / 6H45 est gérable, celle qui s’étend de 6H30 à 14H00 devient difficile à partir de 11H00. Réclamant depuis des mois un binôme de soignant supplémentaire sur le créneau horaire 11H00 / 19H00, le personnel s’est vu opposer selon lui une fin de non-recevoir par la Direction du CHU, laquelle leur a signifié « Il n’y a pas d’argent pour les ressources humaines, il va falloir apprendre à gérer les patients avec celles que vous avez déjà ». Une infirmière aux urgences traumatiques témoigne : « On nous a dit, prenez votre mal en patience, les choses vont s’arranger. Il faut le temps que cela se rode».

“La violence verbale à l’endroit des soignants s’accompagne de plus en plus souvent de menaces physiques”

Déjà prégnants, les problèmes de sécurité des personnels soignants se rajoutent, malgré la veille des vigiles. Sept personnes pour toutes les unités du CHU c’est peu, d’autant que la violence verbale à l’endroit des soignants s’accompagne de plus en plus souvent de menaces physiques. « On se sent abandonnés, on ne sait plus vers qui se tourner » poursuit l’infirmière, rapportant le constat fataliste d’une responsable : « Il faut faire le deuil du bon soin d’avant ». La Direction des services d’urgences (Purpan, Rangueil et SAMU) conteste le chiffre de 4 patients supplémentaires à soigner par heure, le ramenant à 2 patients de plus selon les données lissées sur les 9 derniers mois, fournies par l’Observatoire Régional des Urgences en Midi-Pyrénées (ORUMIP). Elle dit ignorer la demande d’ajout d’un binôme infirmier(e)-aide soignant(e) sur une tranche quotidienne 11H00/19H00 en se basant sur le préavis de grève initialement déposé par le syndicat CGT Santé, lequel réclamerait du personnel supplémentaire « H24 ». La Direction met en avant la décision d’embaucher à partir du 5 janvier 2015 une Infirmière d’Orientation et d’Accueil (IOA) supplémentaire dès l’entrée aux urgences afin de mieux cibler le circuit des patients, ainsi que du personnel dédié au bio nettoyage des neufs boxes que compte le service, tâche confiée jusqu’à récemment aux soignants. Ce mouvement de grève met en lumière deux problèmes récurrents. Le premier est la difficile mise en adéquation entre le service public hospitalier et l’équilibre budgétaire. En déficit de 16 millions d’euros, le CHU de Toulouse s’est vu prescrire une ordonnance drastique par la Cour des Comptes, qui se heurte à un objectif de 4 % de hausse d’activité pour les mois qui viennent. Le second est clairement une divergence dans la revendication essentielle des agents du service des Urgences Traumatiques (un binôme supplémentaire sur une durée quotidienne de 8 heures) et le contenu du préavis de grève déposé par le syndicat, beaucoup plus généraliste sur l’ensemble du CHU et qui semble compliquer le dialogue avec la direction.

Contactée par les responsables du mouvement, l’Agence Régionale de Santé Midi-Pyrénées a voulu rester en-dehors de l’affaire. Cela est étonnant quand elle affiche l’ambition « d’améliorer la santé de la population et de rendre le système de santé plus efficace, en concertation avec l’ensemble de ses acteurs ». N’est-elle pas directement concernée par un problème soulevé par le personnel des Urgences Traumatiques, dont les revendications ne sont pas salariales mais purement organisationnelles ?

Lundi 29 décembre, SOS Médecins a rejoint le mouvement de grève des confrères libéraux. Là encore une disposition de la loi Santé de Marisol Touraine est dans leur viseur : celle d’étendre justement le pouvoir des Agences Régionales de Santé auxquelles il est reproché de méconnaître ce que vivent les médecins au quotidien. Invoquant sans doute la protection du Saint-Esprit pour leurs concitoyens, certains directeurs d’ARS ont décrété l’inutilité pour les médecins de se déplacer entre minuit et 8H00 du matin. Quid de la médecine chinoise, qui traite le patient pour qu’il ne tombe pas malade ?

Le bon Docteur Hollande administre placebos et potions amères à ses concitoyens depuis deux ans et demi par le biais de ses ministres, adeptes de la méthode Coué pour les complications opératoires. Le premier d’entre eux – élu « homme de l’année » en … Espagne !-, diagnostique encore trois années sans oxygène à une France mal en point.

L’une des bonnes résolutions que le Français aura donc à cœur de respecter en 2015 est de ne pas se fâcher avec son vétérinaire. Au train où vont les choses, il se pourrait qu’il profite de la vaccination de Médor pour se faire soigner dans la foulée …

 

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