Pierre Juston
Pierre
Juston
Militant du PS

L’autre débat de société du quinquennat Hollande: La fin de vie

 

 

 

Nous avons connu en ce début d’année 2015 une actualité bouillonnante et cela va se poursuivre ce mois-ci. En effet, le mois de Mars s’il est le mois des élections départementales, connait aussi une certaine effervescence du politique en général. Par ailleurs, nous avons aussi, l’autre débat de société du quinquennat présidentiel qui se profile, passant pour l’instant assez inaperçu: l’engagement 21 du candidat Hollande, la loi sur la fin de vie.  Si l’avis de chacun est personnel et doit être respecté, j’appelle de mes vœux une cohérence équilibrée qui doit faire sens dans le débat public. Ma réalité, certainement un peu grossière et que je vous livre brutalement aura au moins le mérite de la clarté. C’est un débat de société qui verra à nouveau s’opposer dans notre pays les progressistes et les réactionnaires. Il y a ceux qui défendent les acquis de l’avortement, du mariage pour tous, de la laïcité et des droits et libertés de l’Homme placés au-dessus des conceptions métaphysiques respectables de tout un chacun. Il y a ceux qui battent le pavé contre l’égalité des droits, contre l’avortement et souvent défenseurs d’une laïcité pervertie, voir pourfendeurs de la notion même qui les gène. Elle est gênante parce qu’elle renvoie dos-à-dos leurs propres dogmes à ceux des autres et cela leur est insupportable. Entre les progressistes et les réactionnaires, on trouve aussi “les stagnants”, ceux qui attendent Godot, eux ne m’intéressent pas particulièrement. On trouve surtout la grande masse des citoyennes et citoyens de notre pays qui ne se sentent pas nécessairement concernés ou qui n’y ont pas réfléchi. Je veux m’adresser à ceux-là, leur demander de se positionner dans un débat qui doit concerner tout le monde, la mort nous concernant tous.

 

Si je ne vis pas dans le regret, le militant socialiste constructif que je reste goûte comme d’autres, amèrement parfois, la potion de ces derniers mois. Cette loi, beaucoup l’attendent depuis longtemps, d’autres ne l’attendent plus. Les sondages la concernant ne peuvent que faire tourner les têtes de nombre de nos politiques en manque de popularité: 96% de français sont favorables à une fin de vie digne, 96% sont favorables à la légalisation de l’euthanasie (sondage IFOP: http://www.ifop.com/media/poll/2818-1-study_file.pdf). On n’aura jamais vu une aussi grande concorde sur un sujet de société qui peut, de prime abord, apparaitre comme clivant. Pourtant le mot fait peur, la proposition de loi Leonetti se refuse à toute légalisation de l’euthanasie, se refuse à laisser le choix à la personne elle-même de sa propre mort lorsque c’est possible. C’est ce même monsieur Leonetti qui, sur la fin de vie, aura fait voter une loi qui oblige à correction puisque inefficace et problématique. C’est le même insubmersible maire d’Antibes, député des Alpes-Maritimes, Jean Leonetti qui aujourd’hui corrige sa propre copie mais se refuse toujours à faire progresser les droits de nos concitoyen(ne)s.

 

“Que ceux qui nous opposent la dignité humaine réfléchissent”

 

Si chacun s’accorde sur le fait qu’il mourra un jour, beaucoup ont encore du mal à l’accepter, à y réfléchir; certains n’acceptent pas que l’homme puisse être le seul détenteur “de son mourir”. Les débats à la commission des affaires sociales se sont clôturés ce mardi 17 février et le mois de mars laissera place au débat dans l’hémicycle. L’ambiance fut particulièrement tendue en fin de débat de ladite commission lorsque l’amendement du Député Touraine qui propose une euthanasie active dans certains cas fut évoqué et rejeté. On aura même entendu un député de l’opposition se prévaloir de conceptions religieuses pour introduire ses propos ! On a aussi entendu qu’en Belgique, même après la légalisation de l’euthanasie, il existe encore une part d’euthanasies pratiquées dans l’illégalité. Oui, certainement… Et moi je vous dis qu’en France cent pour cent des euthanasies sont pratiquées illégalement ! Cette proposition de loi, il faut le préciser, a le mérite d’exister et je ne permets pas que l’on puisse dire qu’il ne se passe rien sur cette question. Pour autant, je considère que cette loi n’est pas suffisante, elle n’ouvre aucun droit nouveau aux patients. Les directives anticipées ne sont pas opposables aux médecins puisque ces derniers peuvent juger si elles sont ou ne sont pas “appropriées”. Le choix revient donc in fine au médecin et non au patient. Par ailleurs, le seul apport de ce texte serait “la sédation profonde et continue”. Le patient ne meurt pas d’une injection létale qu’il aurait choisie mais de déshydratation accompagnée de la fameuse sédation profonde et continue, une sorte d’anesthésie générale qui endort sans tuer… L’amendement déposé par le député socialiste Jean-Louis Touraine et soutenu courageusement par notre députée et présidente de la commission des affaires sociales, Catherine Lemorton, me donne espoir pour ce mois de mars qui verra le débat dans l’hémicycle.

 

Que ceux qui nous opposent la dignité humaine réfléchissent à ce concept aux multiples facettes et avant tout, principe juridique. Peut-on parler de mort digne avec la loi Leonetti en vigueur actuellement? Les malheureuses actualités de ces dix dernières années ont prouvé aux Français le contraire. Peut-on parler de mort digne avec cette (nouvelle?) proposition de loi (Leonetti 2)? Je ne le pense pas. Le concept de dignité de la personne, pour être un tant soit peu substantiel, peut-il se détacher totalement de la liberté individuelle? En d’autres termes, ne revient-il pas au patient de définir ce qui est ou n’est pas digne pour lui? Finalement, le débat est le même que pour le mariage pour tous, la question qu’il faut nous poser est la suivante: quel droit est retiré aux personnes qui ne souhaitent pas bénéficier d’une euthanasie? Aucun. C’est un droit ouvert à tout un chacun, qu’un être en son âme et conscience souhaite utiliser ou non.

 

Pour paraphraser Benjamin Constant, si nous avons ici l’occasion de concrétiser “une libertédes modernes”, d’une certaine manière, nous ferions aussi “d’une libertédes anciens” une réalité


3 COMMENTAIRES SUR L’autre débat de société du quinquennat Hollande: La fin de vie

  1. Patrick AUBIN dit :

    Arrêtez avec vos faux droits et vos histoires de progressisme ou de réac. Revenez aux droits naturels et imprescriptibles pour respecter les droits de liberté et de propriété de chacun.

    Tout d’abord, le “vrai” droit (puisqu’il faut en arriver là) au dessus de tout autre, c’est la liberté de disposer de la propriété de soi-même. Personne n’est propriétaire d’autrui et ne peut remettre en cause ce droit, si ce n’est de vouloir mettre l’homme sous le joug du pouvoir. Ce n’est même pas une question de relation avec les autres et encore moins une question qui doit être tranchée par l’état, fiction et avatar historique de la civilisation humaine. Vouloir être élu, c’est vouloir le pouvoir pour détruire la souveraineté individuelle pour la mettre sous son joug. On comprend donc la volonté des uns et des autres à construire de faux droits sociaux en remplacement des droits naturels.

    Car à partir du moment où l’on pose ce principe “de la propriété de soi-même”, il n’y a besoin d’aucun constructivisme puisque l’homme est souverain sur lui-même. Cette propriété de soi-même découle de la déclaration des droits de l’homme qui est le préambule constitutionnel en France. Il devrait donc être impossible d’interdire à un être humain cette propriété de disposer de son corps… mais au contraire se contenter de lui garantir contre toute forme de pouvoir. Un être humain n’appartient pas ni à la Société, ni à l’état, ni à ses ayants-droits, ni à sa famille.

    Cela réglerait beaucoup de questions idiotes qui se transforment en faux droits à coup de guerre électorale, où les élus sont bien souvent le summun de la méconnaissance du Droit en aimant complexifier le droit positif au lieu de respecter et de faire respecter les 17 articles de la DDHC.

    Avec l’article 5 de la DDHC : “La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas.”, la fin de vie est une volonté individuelle. Aucun texte ne peut interdire le suicide, et aucun texte ne peut interdire à quelqu’un de partir selon sa volonté : quiconque veut se mettre en travers de cette volonté commet une agression contre le droit de propriété de soi-même.

    • Renaud dit :

      Le commentaire de Patrick AUBIN résume bien mon avis sur le sujet, mais un point est omis , “le problème propre à l’euthanasie” , qui n’est pas la question de mettre fin à ses jours, mais à “celle d’autrui” légalement .

    • François dit :

      réponse à Renaud :
      “le problème propre à l’euthanasie” , qui n’est pas la question de mettre fin à ses jours, mais à “celle d’autrui” légalement .
      Conformément à la demande de “l’intéressé qui en a fait expressément la demande lorsqu’il était encore conscient

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