Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

L’apartheid, vraiment ?

Au moment où la France comme le reste de l’Europe vivent la victoire de Syrisa, le parti de la gauche radicale, les Européens cherchent à éviter la confrontation avec ce Syrisa qui ne veut pas sortir de l’euro mais renégocier la dette grecque. Et chacun de s’interroger d’abord sur l’effet-contagion sur l’Espagne avec le parti « Podemos », sur l’instabilité politique qui pourrait en naître, sur les députés frondeurs du PS espérant avoir raison par procuration et en tirer les conséquences dans un climat politique qui ne leur est pourtant pas favorable. De Grèce en Espagne, des révoltés aux « indignés », c’est l’Europe de l’austérité qui pourrait être bousculée sinon emportée. Pourtant, Bruxelles se prépare au retour du « problème grec », les créanciers de la Grèce se disent prêts à négocier avec Athènes. Les Européens ne veulent pas d’un « Grexit », d’une sortie de la Grèce de l’euro ; pas question cependant de commencer à renégocier la dette avant d’être allé au bout du deuxième plan d’aide.

 

« On s’expose à de fortes désillusions »

 

Quant à la France, elle se retrouve au cœur d’un débat suscité par le Premier ministre (dont la remontée dans les sondages est de 6 points supérieure à celle du président) parlant, à propos des ségrégations en France, d’un « apartheid territorial, social, ethnique ». Les indicateurs sociaux (éducation, logement, chômage, échec de la politique de la ville) appuient le constat de la « ghettoisation », conduisant le Premier ministre à vouloir agir sur le « levier du peuplement » pour forcer la mixité sociale dans les quartiers populaires. Pour l’historien de l’immigration, Gérard Noirel, les mots du Premier ministre sont « une façon d’insister, avec des mots plus forts que dans le passé, sur ce qui a été répété depuis trente ans au sujet des zones qui sont dans une situation d’exclusion économique et sociale. Le terme « d’apartheid » peut renvoyer à une énième dénonciation du communautarisme ou des discriminations. » Et l’historien de juger risqué de lier les attentats et la question de l’intégration : « On s’expose à de fortes désillusions si l’on croit qu’il suffira de prêcher un catéchisme républicain pour résoudre les problèmes de la jeunesse ». Occasion de rappeler que l’histoire de la République – d’ailleurs au programme des lycées et collèges – montre que la laïcité a toujours été un enjeu de luttes entre une conception disciplinaire et une conception d’ouverture vers l’émancipation des citoyens. Pour le sociologue P. Simon, « le mécanisme de ségrégation en France est plus subtil qu’un apartheid, véritable politique planifiée. Les institutions ont une responsabilité dans les inégalités qui touchent certains groupes ethniques. » Autant d’analyses sur une situation plus que préoccupante avec les 64 ghettos de la République, les zones de non-droit, trente ans d’échec de la politique de la ville, 45% des jeunes âgés de 15 à 29 ans sans emploi dans les zones urbaines sensibles. Dans les ZEP*, seuls 40% des collégiens maîtrisent les compétences de base. Toujours dans les ZEP, 73% des élèves sont des enfants d’ouvriers et d’inactifs contre 35% ailleurs. Le bilan est inquiétant : on ne résoudra pas tout avec … le catéchisme républicain, mais avec la foi républicaine, celle de la « chose publique ».

 

* ZEP : zone d’éducation prioritaire


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