Patrick Aubin
Patrick
Aubin
Le contrepoint libéral

Laffer est dans le sac du train postal

Après la SNCF qui augmente ses tarifs au lieu de réduire ses dépenses, la Poste lui embraye le pas avec une forte hausse du prix du timbre-poste sous prétexte de compenser la baisse du volume postal. Imaginez trois secondes le même scénario chez votre boulanger. Son pain est depuis longtemps médiocre, mais il est le seul près de chez vous. Vous prenez le pain chez lui, mais de moins en moins souvent, car le supermarché installé près de votre travail produit un pain, certes industriel, mais bien moins cher que celui du boulanger. Un jour, ce dernier, pour faire face à une clientèle plus rare, décide de compenser « son manque à gagner » par une nette augmentation du prix de son pain, sans en changer la qualité. Qui a un doute sur la suite ? Vous n’irez plus chez ce mauvais commerçant, ou encore plus rarement. Et au bout de quelque temps, s’il ne change pas de logique, la faillite le ramènera à la réalité. Nos chers gouvernants se comportent comme ce mauvais boulanger. Tout monopole public se croit au-dessus des lois économiques en étant protégé de la concurrence. Ne cherchant pas à s’adapter, ce service devient peu à peu hors de prix et de plus en plus de clients s’en éloignent. Au bout du compte, il ne nous fournit plus le service qui est censé justifier son existence.

« Tout monopole public se croit au-dessus des lois économiques »

En économie, on appelle ce phénomène « la courbe de Laffer », du nom d’Arthur Laffer qui le premier l’a expliqué avec le « trop d’impôt, tue l’impôt ». De manière générale, la montée du prix d’un service tue ce service auprès de la population. Tant que le prix reste supportable, les gens acceptent de le payer. Ainsi le boulanger vend moins parce que son produit n’est plus adapté. Et plus il augmente ses prix ,  moins les clients l’adoptent. Pensant voir ses revenus monter, il ne peut que constater qu’ils baissent de plus en plus malgré la hausse du prix de vente. Il s’écarte du prix accepté par le marché : c’est la courbe de Laffer. Nos énarques, qui ne jurent que par le monopole public, l’ignorent superbement. Devant la baisse du volume postal ou du nombre de voyageurs, tout entrepreneur normal prendrait au moins une des mesures suivantes : nouveaux produits, amélioration de la qualité, baisse des charges, de la masse salariale, gains de productivité. Pour la Poste ou la SNCF, ce sont bien sûr les coûts qu’il faut réduire, vendre des actifs (bureaux de poste, gares…), diviser leurs activités, développer des partenariats, et imaginer de nouveaux services. Mais un tel comportement rationnel est inconcevable pour un bureaucrate ou un politicien. Le politicien préfère faire payer plus le peuple pour un service déplorable plutôt que remettre en cause le concept de service public ou de fonction publique. Mais il est toujours rattrapé par la réalité économique.

 

 


4 COMMENTAIRES SUR Laffer est dans le sac du train postal

  1. Gascon dit :

    cher monsieur,
    vous oubliez que poste et sncf sont – encore – des services publics et selon la volonté de la grande majorité des français, doivent le rester.
    vous connaissez le débat…
    pourtant, service public ne veut pas dire gratuité pour les utilisateurs, un prix juste à payer pour équilibrer les couts me semblent acceptable.
    c’est là où se situe le débat, pour moi mon facteur qui m’amène – avec beaucoup de retard – à la maison ce journal pour lequel vous écrivez, vaut bien cette augmentation du prix du timbre.

    • Patrick Aubin dit :

      Gascon,

      En économie, certains, comme vous, s’imaginent que parce qu’une majorité veut des services publics, cela peut durer ad vitam aeternam. Les soviétiques de 1920 avaient de grandes idées, mais on sait ce qu’elles sont advenues.

      Les services publics à la française sont aussi une idée que l’on impose à la manière soviétique à tous les français depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ils vont subir exactement le même sort que ce qui est advenu en ex-URSS, et ce quelqu’en soit la volonté de la grande majorité.

      Votre problème de juste prix sans concurrence ne veut absolument rien dire. Équilibrer les coûts de monopole n’a absolument rien d’acceptable : il n’y a aucune limite à cet équilibre.

      Avec de la concurrence, il y a de fortes chances que votre journal arriverait dans de meilleurs délais pour un prix moindre.

      Enfin pour terminer, si le service public avait une véritable raison d’exister et d’être performant, pourquoi n’y a-t-il pas un service public de l’alimentation ? Se nourrir et boire est ce qu’il est le plus commun à tout le monde… Et pourtant, il ne vient à personne de demander d’avoir des sociétés de production de la nourriture ou de la boisson ainsi que de distribution nationalisées. Sinon, je doute que vous ayez à manger à chaque repas… Il n’y a que ce qui est privé qui puisse vendre des produits et des services de manière juste et acceptable. Si ce n’est pas le cas, les sociétés disparaissent du marché alors que dans le cas des services publics, les individus sont obligés de supporter les coûts de la gabegie.

  2. Ducassé dit :

    Bonjour,
    Vous connaissez Stéphane Geyres ?
    http://liberteparprincipe.blogspot.fr/2015/01/laffer-est-dans-le-sac-postal.html

    • Patrick Aubin dit :

      M. Ducassé,

      Bien sûr que je connais Stéphane, c’est un ami. Nous nous alimentons mutuellement en textes.

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