Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

La révolution de Février

Pour la première fois depuis la guerre des Balkans, un bain de sang a eu lieu aux portes de l’Union Européenne, balayant le reste de l’actualité et survenant au moment même où la flamme olympique perd de sa signification et de sa symbolique. Pour la première fois depuis la chute du Mur de Berlin en 1989, a resurgi le sentiment et presque la réalité d’un affrontement Est-Ouest au coeur de l’Europe. Après le bain de sang de la place de Maïdan – lieu de mémoire d’une forme de «Liberté guidant le peuple» – le patron de l’Ukraine a vécu. Après le vote de lois liberticides puis l’arrêt de discussion sur la réforme constitutionnelle (comme l’écrivait Guy Carcassonne «une bonne Constitution ne peut suffire à faire le bonheur d’une nation. Une mauvaise peut suffire à faire son malheur»), le Président Ianoukovitch a cherché à écraser le mouvement de révolte contre « son » régime autocratique et corrompu. Après les morts de la Place Maïdan, entrés dans le martyrologue et au panthéon des révolutions qui bouleversent les donnes, il faut maintenant attendre après cette “révolution” (un événement contraire au droit qui a réussi selon le Doyen Vedel), les élections du 25 mai, la probable candidature de Ioulia Timochenko dans la crainte toutefois de la volonté de Moscou de pousser au terrible scenario de la guerre civile, 23 ans après une indépendance ukrainienne acquise pacifiquement, dix ans après la “Révolution Orange” que Poutine avait fait l’erreur de sous-estimer. Le refus de tout compromis de Maïdan crée une situation post-révolutionnaire où tout est à reconstruire : il n’y a plus de Président, il n’y a plus de gouvernement, il n’y a plus de Parlement fonctionnel ; le temps de la Constituante est venu.

On peut avancer maintenant que «Mourir pour Kiev libre» c’est aussi, face à l’impérialisme pan-russe de Poutine, «mourir pour l’Europe». Sensible en Ukraine, l’Europe ne fait qu’accroître pour le moment l’abstention qu’on nous promet. L’Ukraine changera-t-elle la donne ? Comment en effet réveiller l’Euope, “la belle endormie” au moment où l’idéologie eurasiatique est «l’ennemie de l’Union Européenne», pour l’historien Timothy Snyder, qui souligne que «l’eurasisme est l’exact opposé de la démocratie libérale.» Son inventeur, Alexandre Douguine, auteur de “Les fondements de la géopolitique” soutient ouvertement «la division et la colonialisation de l’Ukraine depuis des années.» Une Ukraine, faut-il le rappeler, qui est un pays européen majeur ayant besoin au plus vite d’un débat public normal, de la restauration d’une démocratie parlementaire, réalisant de vrais sacrifices dans l’espoir de rejoindre l’Union Européenne. Réalité fondamentale à rappeler aux eurosceptiques qui devraient, pour le coup, imaginer autrement l’Europe au moment où certains, sur le front de la liberté, meurent pour l’Europe. «Maïdan est devenu un nom emblématique, illustratif d’une contestation révolutionnaire, montrant qu’aux marches de l’Europe, un peuple s’est dressé face à la dictature et au despotisme.» Un “nous” européen est en train d’émerger assure la psychanalyste Julia Kristeva. De Goethe à Simone Veil, son patrimoine spirituel serait même un antidote aux crispations identitaires. Alors l’Europe est-elle KO ? Non répond-elle, car la formule se retourne : “Sans l’Europe, ce sera le chaos.”

“Mourir pour Kiev libre” c’est aussi, “mourir pour l’Europe”


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.