Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

La République des vœux

Alors que nombre de chroniqueurs, d’analystes et de politologues décrivent la France du Président Hollande comme « un pays qui ne s’aime plus, une terre des opportunités confisquées et du matraquage fiscal, un rafiot en perdition ballotté dans les eaux bouillonnantes de la mondialisation, une vieille nation traînant son « identité malheureuse » comme un boulet » (Christian Roudaut), des étudiants venus du monde entier n’hésitent pas à emboucher les trompettes de la renommée de la « Douce France » de Charles Trenet ou de cette affirmation d’un proverbe d’Europe centrale de l’entre-deux guerres « heureux comme Dieu en France » en trouvant notre « pays merveilleux » où « il fait bon vivre et débattre », où les gens sont « certes râleurs mais aussi engagés, ouverts et solidaires ». Ainsi, les Français « champions du pessimisme » (« la morosité française a des racines culturelles » selon le professeur Braconnier) et champions des manifestations (« expression optimiste d’un pays pessimiste ») tentent de se frayer un chemin dans l’avenir des « meilleurs vœux pour 2014 » entre « le meilleur des mondes possible » de Leibniz, la formule de Schopenhaeur « aujourd’hui est mauvais et chaque jour sera plus mauvais jusqu’à ce que le pire arrive » et la vision de Winston Churchill semblant définir le « hollandisme » présidentiel : « un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté. » Eh bien, sans crier gare et sans ostentation médiatique, sans autre déclaration que celle des vœux (chacun attend la Conférence de presse du 14 Janvier) un virage semble se mettre en place par touches impressionnistes à quelques mois des élections municipales et européennes : le sujet numéro un en 2014 reste le même qu’en 2013, la lutte contre le chômage (sans citer « les emplois d’avenir » comme en 2012) mais en s’affirmant comme le 15 septembre 2013 « le Président des entreprises » entre « pacte de compétitivité » et revendication d’un « socialisme de l’offre ». C’est donc clairement et fortement une « politique de la main tendue aux entreprises, le Chef de l’État assumant désormais une politique de l’offre au risque de froisser l’aile gauche de sa majorité. Voilà donc François Hollande empruntant davantage à l’imaginaire libéral qu’au bréviaire socialiste et au discours militant du Bourget (le candidat contre « la finance ») donnant lui-même, comme s’il avait enfin adopté la lecture et l’interprétation gaullienne de la Constitution de la V° République (« il faut un chef qui en soit un » affirmait le général), le rythme de l’année 2014 en privant son Premier ministre d’une exposition médiatique majeure. D’autant plus qu’avec les vœux traditionnels (au gouvernement le 3 janvier, au Conseil Constitutionnel le 6, aux corps constitués et aux autorités religieuses le 7, au corps diplomatique le 10 et aux journalistes le 14), les visites de terrain, les déplacements « confidentiels » (absents de l’agenda officiel) le Président tente de restaurer une autorité fissurée et affaiblie par son impopularité. Selon le journaliste Thomas Wieder, « l’orchestration de cette rentrée politique par le Chef de l’État a pour but de tourner la page d’un automne 2013 délétère pour lui » et obéit à trois objectifs : effacer le dernier semestre 2013, mettre un terme à « l’interminable vaudeville fiscal », montrer son efficacité avec un président du MEDEF se déclarant « prêt à jouer le jeu autour du « Pacte de responsabilité » et considérant, entre optimisme et pessimisme qu«’aujourd’hui le terreau « France » est peuplé de ronces et de pierres. Les pierres ce sont les impôts et les charges ; les ronces c’est la complexité de la réglementation… Si on veut que les abeilles reviennent butiner les fleurs français, il ne faut pas les effrayer.» Raison peut-être pour laquelle, à la veille des municipales, le gouvernement veut faire adopter des lois qui intéressent directement les Français. Un nouveau moment du quinquennat se met en place dans ce premier semestre, il nous montrera peut-être que « l’optimiste n’est pas toujours positif ni le pessimisme toujours négatif. »

 


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