Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

La république des « psychiatres »

Il y a d’abord, au-delà de la commémoration « universaliste » de la guerre de 1914, pour le lancement d’une grande année commémorative, pour la première fois dans l’histoire des Présidents de la République, «une « analyse psychiatrique » d’un hebdomadaire (Le Point), non sur le Président Hollande mais sur le « cas Hollande ». En effet, le moment choisi correspond à celui de la sanction de Standard and Poor’s baissant d’un cran la note de la France, estimant que « le niveau actuel du chômage amoindrit le soutien populaire en faveur de nouvelles réformes structurelles et sectorielles et affecte les perspectives de croissance à long terme. » Ainsi, le doute s’amplifie et le Président demeure une énigme d’autant plus difficile à comprendre et à appréhender que, s’appuyant sur le modèle mitterrandien mâtiné de chiraquisme de terrain, il semble être un adepte de la gestion paroxystique des crises en sachant faire le dos rond comme « le petit père Queuille » qui lui a légué cette ligne de conduite comme un viatique : « Il n’est pas de problème que l’absence de solution ne contribue à régler. » De la version corrézienne à celle germanopratine des psychiatres, il n’y avait qu’un pas à franchir. Il l’est avec Boris Cyrulnik (« Hollande applique la stratégie du roseau. Il plie mais ne rompt pas. Il affronte peu afin de ne pas être déraciné »), Michel Schneider (« Hollande dit, tout en évitant de dire, quelque chose de précis qui engagerait une opinion tranchée » ; « To be or not to be Chef de l’État »), Pascal de Sutter (« Hollande doit surmonter sa réserve et sa pudeur instinctives »), Jean Cottraux (« Hollande est un anxieux qui doit sortir de l’évitement ») qui ajoute, à juste raison « qu’aujourd’hui, une France malheureuse cherche un leader charismatique mais la peur, le vide culturel, l’absence de valeurs et l’instabilité économique pourraient faciliter l’émergence d’un leadership destructeur.»

Mais au-delà de l’escorte des psychiatres et de l’avalanche continue de critiques qui s’abattent sur un Président de la République à propos de l’impopularité duquel on s’interroge sur son niveau plancher (!), il y a le point de vue explicatif, donc à sa manière constructif, des politologues, Dick Howard et Luc Rouban. Pour l’universitaire américain (Howard), « les socialistes sont meilleurs lorsqu’ils sont dans l’opposition ; au pouvoir ils sont pris par une mauvaise conscience parce qu’ils n’arrivent pas à faire la paix avec la Constitution de la V° République ; certains continuent à souhaiter l’avènement d’une VI° République où le Parlement retrouverait la voix du « Peuple » et celle du passé révolutionnaire tel qu’ils continuent à se le représenter. » Et Howard d’affirmer que « la gauche doit élaborer une critique qui décrypte les rapports sociaux pour en dévoiler le potentiel positif. » « Il faut donc renouer avec le positif c’est-à-dire le politique » conclut-il alors que Luc Rouban indique, à l’aune des résultats des présidentielles « qu’on est passé d’un vote de classe à un vote privatif – religion, génération, patrimoine - ; les partis deviennent des partis attrape-tout aux frontières idéologiques floues. » Il souligne, par ailleurs – et cela est déterminant pour la compréhension des municipales – que « le décalage entre l’offre et la demande politique conduit à voir grandir la proportion d’électeurs atypiques dont le comportement est difficile à prévoir selon les grilles de lecture classiques. » La question du rapport au politique reste posée. Plus que jamais, elle précède les votes de 2014.

 

Stéphane Baumont


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