Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

La République des pessimistes

Alors que la rituelle fête de la musique vient d’introduire l’été sur l’écran pluvieux de nos journées marquées par l’événement climatique des crues (notamment Lourdes, St Béat) suscitant le déplacement présidentiel, un sondage du réseau GALLUP mené en 2013 dans plus de 50 pays classe les Français comme Champions du monde du pessimisme, loin devant… les Afghans et les Irakiens. Comme si nous étions incapables d’imaginer « des lendemain qui chantent ! » Au terme d’une enquête rigoureuse, on constate que les Français ont moins confiance que leurs voisins envers les institutions ; selon Claudia Senik, auteure de l’étude, « il y a sans doute en France une difficulté à se projeter dans quelque chose qui a du sens. » Il y a quelques années, Pierre Bouretz écrivait que nous étions atteints de « la maladie de la déploration ». Rappelons-nous la rhétorique flamboyante du « déclinisme » en 2003 (il y a déjà dix ans !) avec la publication d’un livre au titre sans ambiguïté : « La France qui tombe. Un constat clinique du déclin français. » Mais alors, d’où vient cette inaptitude au bonheur, à la confiance et à l’optimise ? L’économiste Claudia Senik nous répond : « Le malheur français n’est pas lié aux circonstances objectives mais aux valeurs, aux croyances et à la perception de la réalité qu’ont les Français ; il est le résultat d’un phénomène culturel lié à des représentations ou à des manières d’être qui se sont transmises de génération en génération, même si leurs causes ont disparu. » Pour l’histoire Christophe Prochasson, « on peut repérer des communautés d’expérience (comme l’école), des traditions politiques ou des imaginaires historiques qui expliquent à un moment donné les représentations d’une collectivité. »

Oui, décidément, comme le souligne le sociologue François Dubet, « si la France n’obtient pas toutes les médailles dynamiques et tous les prix Nobel, les Français considèrent qu’elle est nulle. » A cela, à ces constantes, s’ajoute le style de notre vie politique, du grand discours mobilisateur très III° République du « télécandidat » au compromis du « télégouvernement » aussi peu charismatique que son absence de solution notamment au chômage et à l’emploi. Au pessimisme classique vient s’ajouter une morosité, teintée parfois d’une colère (qui n’est pas pour l’instant insurrectionnelle), née de l’incapacité des gouvernants, avec les crises, de proposer des résultats positifs. Il n’est que de voir la courbe d’impopularité d’un Président à la tête, malgré sa sur-médiatisation, d’une République des mécontents (le triste feuilleton Cahuzac à Villeneuve-sur-Lot et les résultats du FN tracent déjà l’horizon de 2014, celui des Municipales et des Européennes) et d’une société de défiance (l’anti Société de Confiance d’Alain Peyrefitte) liée notamment au corporatisme et à l’Étatisme de notre « démocratie providentielle ». Et si ce pessimisme était aussi et peut-être surtout dû à la fin de notre passé glorieux où nous étions « la grande puissance, matrice du monde » ? La France ne se remet pas de ce recul, de ce « décliné. Le politologue B. Teinturier explique que « le pessimisme est lié à cette blessure narcissique ». Serions-nous donc à ce point en deuil de notre histoire de « grande Nation » pour enfin comprendre pourquoi F. Hollande nous parlait de « République normale » !

Stéphane Baumont


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