Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

La République des juges

Il y a bien sûr dans l’actualité ce qui contribue à nos joies (la victoire du Onze de France sur la Géorgie) à nos inquiétudes (éviter la banqueroute à Chypre ou la sortie de l’euro), à notre intérêt (la sortie en librairie prochainement du livre des démographes E. Todd et H. Le Bras, « le mystère français », illustrant les évolutions économiques politiques et sociales de la France de 1980 à 2010) à notre étonnement (face au hacking informatique entre Chinois et Américains engagés dans une véritable cyber-guerre), mais il y a aussi cette vie politique marquée par la démission du Ministre du Budget, Jérôme Cahuzac ; la mise en examen de l’ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy ; la prochaine intervention télévisée du Président de la Républiques au moment où il connaît une impopularité historique (moins d’un tiers de satisfaits, plus de deux tiers de mécontents). Ainsi donc, voilà les politiques saisis par la morale, les grands principes, le droit, le juge et l’opinion publique. Voilà la France renvoyée au temps des « affaires » – Jacques Chirac et le RPR dans les années 2000 ; François Mitterrand et le PS dans les années 90 ; voilà un ministre en exercice poussé à la démission à cause de soupçon d’évasion fiscale ; voilà un ancien Chef de l’État devenu citoyen comme les autres, justiciable (comme les autres aussi ?) ; voilà aussi, en plein deuxième tour des législatives dans l’Oise opposant un UMP et un FN, Jean-Luc Mélenchon et les siens tenir des propos orduriers et pour certains observateurs, antisémites (« Moscovici ne parle pas français, il parle « finances internationales ») ; voilà aussi les réactions des politiques contre « la République des juges » accusant comme Henry Guaino une « décision irresponsable, qui a déshonoré un homme, les institutions, la justice », suscitant la réaction de la Garde des Sceaux rappelant « l’indépendance de l’autorité judiciaire » et celle de François Bayrou soulignant qu’une « démocratie c’est une presse libre et une justice libre, les attaques contre les juges étant des attaques contre la démocratie », le tout sur fond de déclaration de candidature : souhait d’une « République exemplaire » pour Sarkozy 2007 ; d’une « République irréprochable » pour Hollande 2012, le tout surmédiatisé » et décliné sur l’air des lampions !

Décidément, le thème et la réalité « Morale et politique » s’écrit plus souvent quelle que soit le numéro de la République, dans la séparation que dans la conjonction d’une « Cité harmonieuse » à la Péguy. Avec ceci de fulgurant qu’avec le chômage, la crise économique, celle de l’euro, les populismes vont se nourrir de cette actualité (en France comme ailleurs, comme dans les rues d’Athènes et de Nicosie où sont peintes des croix gammées et des moustaches d’Hitler). Au fameux « aller à l’idéal et comprendre le réel » de Jean Jaurès, répond le jugement de Max Weber, son contemporain « il n’y a que deux pêchés en politique : ne défendre aucune cause et n’avoir pas le sentiment de sa responsabilité », ajoutant la fameuse distinction plus forte que jamais dans notre actualité de « l’éthique de conviction » et de « l’éthique de responsabilité ». A moins qu’on ne soit déjà arrivé à une américanisation de nos mœurs politiques à savoir le soupçon d’immoralité. Voilà l’ambiance, la tension dans lesquelles le Président Hollande (31 % de personnes satisfaites ; record au bout de dix mois de Présidence sous la V° République) va intervenir jeudi pour tenter d’inverser (un peu ?) les termes de l’opinion sur les thèmes et les politiques difficiles : chômage, retraites, allocations familiales, rythmes scolaires, mariage pour tous, intervention au Mali. Les élus sont inquiets, les électeurs mécontents, persuadés que les politiques conduites n’empêchent pas « d’aller dans le mur ». La courbe du Président étant indexée sur celle du chômage, l’impatience et la colère monteront en contestant d’autant plus la parole présidentielle qu’elle ne sera perçue que comme parole (contribuant aussi au désenchantement du politique et de la politique). Alors à quoi sert une émission de télévision : à faire œuvre de pédagogie face à des élèves qui ne croient plus au texte de la leçon ? Donner l’illusion et le paraître télégénique pour donner l’impression de la présence et de la détermination ? Espérer remonter un peu sa cote de popularité par un effet d’annonce à multiples échos ? Les médias ont fait du Président un « Chef de guerre », la télévision en fera-t-elle un « Chef de crise » ?

 

 

Stéphane Baumont


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.