Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

La République déchirée

Après Armstrong et Copé – accusés de tricherie – voilà notre société civile et politique marquée par deux scandales touchant le sacré et le profane, le religieux et le politique et démontrant que l’éthique de conviction comme l’éthique de responsabilité n’ont pas été mis en œuvre au quotidien de l’action et de la réflexion avec Jérôme Cahuzac et le Grand Rabbin Bernheim. Curieuse, paradoxale et pathétique concordance des mensonges chez des personnalités dont les ministères (politique et religieux) disent l’autorité et le pouvoir qui étaient légitimement le leur qu’ils ont, à leur manière, tristement et maladroitement mis en danger puis perdu après une communication de crise surmédiatisée et exploitée sur les réseaux sociaux avec la vitesse d’un fleuve ou d’un torrent déchaîné. Dans un cas (Cahuzac), l’ensemble du personnel politique est sur la sellette, l’affolement guette le Président (« Monsieur Faible ») pour l’Express en couverture (!), le PS n’est plus avec Harlem Desir (« nullissime » selon le Président Hollande) en ordre de bataille ni à l’Assemblée ni à son Conseil National où la colère ouvrière a envahi la réunion pour donner chair au débat qui traverse la gauche et le gouvernement sur l’austérité, le Premier ministre n’a plus l’autorité minimale ni la popularité lui permettant de rebondir. Dans l’autre, (Bernheim), c’est « la chute d’un grand Rabbin orgueilleux » (journal du Dimanche) qui bouleverse la communauté juive tout en interpellant tout un chacun qui s’interroge sur le comportement mensonger de l’une des plus hautes autorités morales et religieuses de la France, attitude si fortement dénoncée sur les réseaux sociaux que l’antisémitisme pourrait s’emparer des fautes et des mensonges du Premier des rabbins pour enrichir son triste et condamnable argumentaire. Deux affaires désormais inscrites dans l’histoire de la V° République en faisant de notre République une Réplique déchirée par le mensonge et de l’État, un État blessé pour les mêmes causes. En République, souligne l’historien Jean-Noël Jeanneney, « la première sanction est politique : un gouvernement se renverse, un ministre se renvoie ». En attendant, le Président a parlé « de la nécessité d’une lutte implacable contre les dérives de l’argent, de la cupidité et de la finance occulte » : « Comment ne pas penser, souligne l’historien, spécialiste du populisme, Pierre Birnbaum aux années 1920-1930, à la dénonciation du « mur d’argent », des « ploutocrates » et des « deux-cent familles » ? Comment ne pas être troublé par ces références qui constituent le vieux fond sémantique de l’extrême gauche et de l’extrême droite ? » Nous voilà entrés dans les temps et l’espace de la transparence avec l’exhibition des patrimoines du personnel politique d’abord à cause de l’onde de choc provoquée par les aveux de Cahuzac et les révélations sur Jean-Jacques Augier (trésorier de campagne de F. Hollande) ; nous voilà embarqués dans une philosophie de la vérité qui devrait nous rappeler d’abord que l’important c’est le contrôle afin de vérifier comment agissent les responsables dans la sphère du politico-administratif afin de mieux révéler l’influence de l’argent et de diminuer conflit d’intérêts, corporatisme et clientélisme. Vaste programme ! La difficulté aujourd’hui, dans notre société de défiance est pour les gouvernements de ne pas utiliser la philosophie ou la sémantique populiste, de retrouver (pour le profane comme pour le religieux) l’auctoritas et la potestas, de réconcilier les Français autour d’un nouveau contrat social afin que les mensonges des uns et des autres ne passent le boulevard de notre avenir du sinistre revêtement des populismes.

 

 Stéphane Baumont


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