Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

La réforme, c’est pour quand ?

 

Et si au-delà du Festival de Cannes et sa surmédiatisation (“Audiard Story”) du curieux Grand Prix de Monaco (avec un virage… supplémentaire) le selfie abhorré de Roger Federer (quelle sécurité pour quel joueur!), le oui au référendum sur le mariage gay en Irlande (ô Mannes d’Oscar Wilde!) c’était, à deux ans des présidentielles, l’économie qui nous annonçait une “reprise en trompe l’œil” (selon Nicolas Baverez). En effet après sept ans de croissance zéro, de chômage de masse et d’explosion de la dette publique, les chiffres donnent l’impression d’une reprise qui concorde idéalement avec la volonté et les promesses politiques présidentielles. Au premier trimestre 2015 la croissance a atteint 0,6% (deux fois supérieure à l’Allemagne et au Royaume-Uni), mieux que les 0,4% de la zone européenne ou que celle des Etats-Unis en pleine stagnation. Alors que tout semble aller pour le mieux dans “le meilleur des mondes”, persistent – dure réalité – les déséquilibres structurels qui fragilisent et détériorent le modèle économique et social français. Selon Nicolas Baverez “le sursaut de la croissance française est tiré par la seule consommation qui progresse de 1,4% grâce au pouvoir d’achat rendu aux ménages par la baisse du prix du pétrole”. Un regard porté sur le marché du travail montre que ladite reprise ne crée pas d’emplois mais a détruit 13 500 postes de travail supplémentaires depuis le début de l’année 2015. D’où la persistance de la hausse du chômage touchant 5,3 millions de personnes et rendant pour le moment caduque la promesse présidentielle d’une inversion de la courbe du chômage.

« La France entre les deux branches de l’étau politique »

Situation d’autant plus grave et dommageable que les Etats-Unis, l’Allemagne ou le Royaume-Uni ont rétabli une forme de “plein emploi”. Au moment où l’effectif des fonctionnaires augmente de 100 000 postes par an, les recettes publiques représentant 54,4% du PIB entravent la croissance, l’investissement et l’emploi. Alors qu’espérer du modèle français ? Et peut-on légitimement poser, en économie, la question “Dieu est-il français ?” De la crise, d’insuffisants enseignements ont été tirés : pas de réformes fondamentales pour restaurer la compétitivité des entreprises, pas  de flexibilité accrue dans le marché du travail, pas de dynamique du crédit bancaire, pas de meilleure formation de la jeunesse. Alors voilà la France entre les deux branches de l’étau politique : pas de réforme en temps de crise parce que c’est trop difficile, pas de réforme en période de reprise parce que ce serait inutile, peut-être réforme en période de pré-campagne des Présidentielles parce que créant un effet “boule de neige” ou “dominos” favorable au Président sortant. La configuration que nous connaissons (baisse du pétrole, de l’euro et des taux d’intérêt) ne durera pas : c’est la raison pour laquelle il faut, pour une vraie reprise, des réformes radicales de nature à faire de notre situation une embellie réelle et non un décor en trompe l’œil qui ne peut qu’accroître le désenchantement vis-à-vis du politique.

 


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