Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

La peur : une arme de destruction massive

Paris, Tunis, Bamako, Ankara, Grand-Bassam, Bruxelles… autant de villes touchées par les attentats avec leur tragique cortège de morts et de blessés, avec leur sillon de terreur, avec leur millier de victimes directes et avec leurs millions de victimes indirectes vivant l’événement dans une sur médiatisation qui redouble les peurs, qui aiguise la guerre qui dit à présent son nom. Car la peur est devenue en cette année 2016 l’arme de destruction massive des terroristes ; elle nous conduit à une nouvelle lecture de la vie quotidienne, au repli sur soi ou à la colère qui se voudrait vengeresse. Elle nous appelle à un mode de vie à l’israélienne où l’acte terroriste est une menace autant qu’une réalité quotidienne.

Dès lors de multiples questions se posent : comment ne pas céder à cette stratégie de la peur ? Comment vivre avec le terrorisme ? Pourquoi avoir toujours un coup de retard et jamais ou si peu ce coup d’avance qui permet la paix ? Comment l’Europe peut-elle échapper à sa déconstruction sous la double déflagration des courants migratoires et des actes terroristes ?

« Il faut résister en combattant les clichés, les préjugés et les imprécisions du langage et de la pensée »

Comme le souligne avec justesse Luc Bronner, « nous sommes entrés dans une période où la société française se sent en guerre, ce que les générations nées après la guerre d’Algérie n’ont jamais connu ». Dès lors pour chacun de nous, au moment même où nous continuons à vivre en pensant à la possibilité de l’attentat pour demain, se pose la question du “comment” face à la terreur. Des intellectuels, des artistes et des écrivains nous proposent quelques éléments de réponse : « Il faut résister » notamment « en combattant les clichés, les préjugés et les imprécisions du langage et de la pensée » (Ruwen Ogien) ; l’écrivain Philippe Forest nous recommande de « ne pas se laisser terroriser », que c’est là, « la première manière de triompher du terrorisme ». Il ajoute avec force : « la guerre qui se déroule aujourd’hui est aussi une guerre de mots se disputant sur un champ de bataille mental. Et c’est aussi avec des mots justes qu’elle sera gagnée ». Pour le professeur Mireille Delmas-Marty, « il faut non seulement combattre un terrorisme qui tente de détruire la démocratie mais aussi lutter contre les dérives de l’Etat de droit, la dérive sécuritaire facilitant la confusion des pouvoirs et la marginalisation du juge… le paradoxe étant que les mesures de surveillance deviennent de moins en moins contrôlables à mesure que leur sphère s’étend comme si l’Etat de surveillance devait laisser la place à une seconde dérive, celle d’une surveillance sans Etat ».

L’important semble donc être notre capacité d’adaptation à la lutte anti-terroriste sans basculer dans la peur au moment où selon Gilles Kepel « Daech voulait redorer son image aux yeux de ses adhérents ». Le discours guerrier qui masque mal l’impuissance des Etats pose justement la question de l’état de marche des armées censées conduire cette guerre-là et par conséquent quelle philosophie la sous-tend. Comme l’estime un ancien cadre de la DGSE : « Il faut avoir le courage de reprendre à la fois l’analyse sur la menace et la réflexion sur notre organisation ». Pour que la responsabilité du politique soit essentielle dans cette lutte contre le terrorisme.

 

 


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.