Marc Sztulman
Marc
Sztulman
Un Toulousain concerné

Là où s’échoue la décence…

Dans les années 1970, quand des Toulousains voulaient aider des migrants ballotés sur des embarcations de fortunes, ils traversaient le monde pour sauver les boat-people vietnamiens… Aujourd’hui, il leur suffirait de deux heures d’avion pour voir des  migrants d’infortunes mourir… La décence ordinaire commanderait d’organiser des funérailles, de jouer un Requiem, d’élever un monument, d’établir une commission d’enquête, voire un procès ou qu’a minima soit entonné un «plus jamais ça »… Hélas, la décence n’est plus de ce monde, et nous ne connaîtrons jamais le nombre de personnes mortes en fuyant la misère, ni leur nom, ni leur vie, englouties à deux heures de Toulouse,  à cause de considérations indécentes…  Car des navires fuient des « hommes à la mer » par peur de procès. Parce que notre seule réponse tient en deux mots : « c’est compliqué ». Aujourd’hui l’argument de la complication est un paravent à l’action. Alors bien sûr, les rationnels de tous bords, se justifieront et même s’extasieront grâce à des formules toutes faites : la nécessité de réguler l’immigration pour les uns ; L’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde pour les autres… C’est vrai qu’il est plus important pour l’Europe de réglementer la taille des cigarettes ou la couleur des paquets… Aujourd’hui, à deux heures de Toulouse, nous sommes étrangement plus inquiets des bateaux qui transportent de la drogue que des hommes….  Si la même situation avait eu lieu sur les côtes de la Floride, l’Union européenne aurait demandé des explications, des manifestations « spontanées » auraient été organisées dans les grandes villes du Portugal à la Pologne,  des sit-in  « improvisés » devant les ambassades, des milliers de personnes descendraient dans la rue pour dénoncer l’impérialisme, l’indécence des lois iniques et les méfaits de l’ultra libéralisme… Mais quand ça a lieu à deux heures de Toulouse… Rien. L’Europe, toujours prompte à appeler à la décence, à se faire l’arbitre des droits de l’Homme de l’Egypte à la Russie, devrait avoir honte… Nous devrions avoir honte. Hélas, face à une Europe si puissante, malgré l’infamie que représente aujourd’hui Lampedusa, ces appels à la décence resteront lettre morte, car comme le remarquait G. Orwell : les gens ne sont décents que dans la mesure où ils sont impuissants…

Journaliste politique de Radio Kol Aviv (101 fm)

@msztulman

 


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