Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

La montée des populismes

Alors que Poutine caracole à cheval dans les neiges du Caucase à quelques jours de l’ouverture des Jeux Olympiques d’hiver à Sotchi, en sur-médiatisant dans les médias occidentaux la manière qu’il a de personnaliser et de personnifier le pouvoir russe entre crise ukrainienne et crise syrienne avec le rêve presque avoué de rebâtir un empire politique et économique qui rende à la Russie sa grandeur, la France « réactionnaire » se réveille. Huit mois après le vote de la loi sur le mariage gay, les militants “pro-famille” redescendent dans la rue à Paris et à Lyon contre la “théorie du genre” ; société civile oppositionnelle et catholiques militants – dont c’est le retour – dénoncent une phobie de la famille au sein du gouvernement ; devant le caractère hétérogène et hétéroclite du (des) mouvement(s), les partis politiques doivent rompre avec le classicisme de leur posture et comme l’UMP, sont quelque peu déroutés par leurs modes de mobilisation. Voilà que s’installe dans notre pays un nouveau paysage politique et une donne qui semble aussi être l’enfant naturel et politique du “populisme à la française” où chacun, au-delà des élections à venir (où le taux d’abstention pourrait constituer le vote antisystème aux européennes comme aux municipales) tente de décliner un individualisme qui veut faire oublier la citoyenneté républicaine. Et c’est Robert Badinter et Manuel Valls qui montent au créneau : le premier souligne que «c’est la première fois depuis l’Occupation que l’on entend hurler dans les rues de Paris ” dehors les juifs”» en rappelant que «la République française ne peut pas tolérer ces cris, pas plus qu’elle ne saurait laisser passer des slogans “dehors les musulmans” ou “dehors les Arabes”» ; quant au ministre de l’Intérieur, il affirme que « c’est la dilution qui nous menace, la dilution des références, des normes et des repères », nouvelle forme d’anti-républicanisme au moment même où «François Hollande nous débarrasse du socialisme (selon Alain Minc) comme Mitterrand nous avait débarrassé du communisme». Une situation intérieure d’autant plus difficilement contrôlable par les gouvernements que le débat sur l’Europe et l’euro est relancé : pour les uns (A. Minc) «il faudrait proposer aux Allemands, un groupe de travail commun avec Jacques Delors, et fédéraliser la zone euro» ; pour D. Cohn-Bendit «construire l’identité européenne c’est dépasser l’identité nationale ; à la limite être européen c’est ne pas avoir d’identité prédéterminée» ; pour Alain Finkelkraut, «nous ne nous sentirons jamais représentés par les institutions européennes. La notion est et restera l’habitacle de la démocratie».

«Le plus grand péril qui menace l’Europe, c’est la lassitude» écrivait le philosophe E. Husserl. Le plus grand péril qui menace la France, c’est la démobilisation face aux populismes de demain et à la montée de l’anti-républicanisme. A chacun de prendre ses responsabilités pour que la conduite humaine naisse toujours du “monde des intelligibles”.

Stéphane Baumont


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.