Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

La maison morte

Voilà une nouvelle fois la fièvre hexagonale qui s’empare du pays avec l’affaire Cahuzac, suivie à la fois comme un feuilleton et comme un bien curieux roman sans autre cape ni épée que le journalisme d’investigation de Mediapart servant la vérité contre le mensonge d’Etat et déclenchant un « coma démocratique » (Wauquiez) pour les uns, un désastre généralisé, un « désastre pour la gauche, pour le monde politique, pour la vie intellectuelle et la vie morale » (Michel Wieviorka), une vraie crise politique si l’on sait la définition qu’en donne Michel Winock : « La crise politique est toujours issue d’un aveu de carence de l’autorité publique, privée de force ou d’imagination pour donner, dans la continuité, une solution au problème posé ; elle marque une rupture dans le temps, un dérèglement des mécanismes en place, un déséquilibre momentané entre les différentes composantes du système politique et un conflit entre un certain nombre de protagonistes ». La France, le PS, le Président, le Premier ministre, le gouvernement (avec un Premier ministre sans autorité, sans charisme donc sans pouvoir et sans influence !) connaissent donc une crise politique majeure que le « ressourcement » du Président en Corrèze n’a pas conduit à trouver le bon outil dans sa « boîte à outils ».

Quels sont ces outils, clés d’un déblocage de la crise : un référendum ? Trop risqué pour le Président qui sait très bien que le peuple répond moins à la question posée qu’à celui qui la pose ; un remaniement : inutile et non prévu pour le moment, le seul intérêt politique de cette opération étant de se séparer de son Premier ministre qui jouerait ainsi le rôle « de fusible en chef » ; une dissolution comme celle de de Gaulle en 1962 et 1968 ou comme celle de Chirac en 1997 ; Hollande ne connaît pas le même type de crise que de Gaulle ; il sait qu’une dissolution maintenant le conduirait à une quatrième cohabitation (le mettant paradoxalement dans la position de bon candidat en 2017 comme Chirac en 2002) ; la démission : inenvisageable pour le moment : l’absence de décision ou « la stratégie du dos rond » du Petit père Queuille : « il n’est pas de problème que l’absence de solution ne contribue à régler ». Mais peut-il en ce moment donner du temps au temps alors que nous vivons avec les réseaux sociaux dans « une atmosphère irrespirable que favorise le déluge informationnel auquel nos concitoyens sont confrontés » selon G. Bronner pour qui « la disponibilité et la diffusion de l’information, que permet Internet, autorisant tout esprit motivé et partisan à faire des associations entre des éléments disparates ». La situation est d’autant plus difficile à gérer que les cotes de popularités s’effondrent, que l’opinion publique réclame un remaniement et que le Chef de l’État, appelé par les Guignols de l’info « MouPrésident » doit faire preuve de « l’auctoritas » et de la « potestas » que lui confèrent son élection et ses armes constitutionnelles lui permettant la maîtrise du temps, tâche d’autant plus difficile que le PS apparaît « comme le maillon faible là où il devrait être le bras armé de François Hollande ». L’occasion de relire le livre de Bernard-Henri Levy (« Le grand cadavre à la renverse ») où le philosophe décrivait le PS comme une « maison morte » : « Le PS va mourir. Non il est mort. Personne ou presque n’ose le dire. Mais tout le monde, ou presque, le sait. Il est comme le cycliste d’Alfred Jarry qui pédalait alors qu’il était déjà mort. » La suite semblait donner tort à B-HL, son constat était juste… prématuré ! Trouver un nouveau Premier ministre, constitutionnaliser la transparence sans l’ériger en dictature, inviter à une conférence de presse ouverte à toutes les questions que les citoyens se posent (politique, morale, économique et sociale) pour la quête de cette « République exemplaire », trouver la recette pour ressusciter « la maison morte », mettre fin au désarroi général pour tenter d’éviter les dérives populistes tels doivent être quelques-unes des pistes à suivre afin que Platon n’ait une fois de plus raison : « Comme tout ce qui naît est sujet à la corruption, notre constitution non plus ne durera pas toujours, mais elle se dissoudra ».

 

Stéphane Baumont


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.