Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

La France s’installe dans une crise longue

Au moment où le maire de Verdun, à une semaine du discours de commémoration centenaire de la bataille, vient d’interdire un concert de rap de Black M, il est temps de rappeler que la France a le goût de la commémoration. « Pourquoi pas », comme l’écrit Marc Auge, « une rave party à Hiroshima ou une teuf à Dachau ? » N’outrageons pas la mémoire française et ces centaines de milliers de morts en hurlant avec ceux qui crient au fascisme face à la juste annulation du concert. C’est dans ce contexte que la rue grogne ; que la CGT appelle à la grève générale qu’elle aimerait insurrectionnelle ; que des piquets de grève bloquent des raffineries de pétrole ; que des casseurs mettent la police sur les dents.

La France s’installe donc, en ce début de mai 2016, dans une crise longue où selon le sociologue Michel Wierviorka, « un énorme espace politique s’est ouvert à gauche et tout s’y engouffre de Hamon à Mélenchon en passant par Montebourg. » Ouverture d’autant plus large que le « la gauche c’est moi » de F. Hollande a fini de radicaliser cet espace.

« L’ensemble de notre système de gouvernance qui est obsolète »

Pour le secrétaire d’Etat Thierry Mandon, « c’est l’ensemble de notre système de gouvernance qui est obsolète » jusqu’à « tous les niveaux, les mécanismes de décision sont grippés en France… Notre machine à décider tourne à vide ». Et d’ajouter que « la défiance des Français à l’égard de la politique et des institutions républicaines tient autant à l’obsolescence de la machine à décider qu’aux options idéologiques ». Face à cette offensive du secrétaire d’État aux Universités, l’anthropologue Marc Auge semble répondre en soulignant « qu’à chaque protestation violente se pose le problème de la légitimité du chef de l’État… Depuis 2012, le pouvoir semble vide… Comme le capitaine du Titanic, il danse pendant le naufrage en susurrant “ça va mieux, ça va mieux”. Il n’incarne pas sa fonction… F. Hollande ne prospère jamais mieux que dans les catastrophes ».

Quant à la gauche qui est aux abois, elle devrait, comme l’historien Fritz Stern, interroger les prémices de l’idéologie totalitaire en croisant le social, l’économique, le politique et le culturel tout à la fois. « La grande tâche des années à venir », souligne Marc Auge « est de réconcilier la gauche avec l’intelligence de la traduction et l’audace de la réforme et de cesser d’osciller entre dogmatisme et frivolité, la révolution permanente d’un côté, le fun de l’autre ».

Pour la France comme pour l’Europe il faut d’abord et surtout combattre l’idée d’un fatalisme qui piège l’intelligence critique. Qui des candidats à venir mènera ce combat ?


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