David Saforcada
David
Saforcada
bonapartiste

La France a besoin du monde rural

Le monde rural n’est pas seulement un secteur de notre économie, une catégorie d’habitants ou une partie de notre territoire Le monde rural est aussi et surtout un élément constitutif de l’âme de notre pays, c’est-à-dire un fondement essentiel de notre personnalité nationale. Même si la France est aujourd’hui majoritairement peuplée de citadins, même si elle est fortement urbanisée, nous sommes et nous restons un peuple de paysans, comme d’autres sont des peuples de marins, de commerçants, ou de montagnards. Rappelons que nous sommes tous, soit des paysans soit des fils ou petit-fils de paysans : il y a encore un siècle, la France était peuplée de 80% de ruraux. Rappelons aussi que l’image de la France à l’étranger, son image traditionnelle, ce sont d’abord, et surtout, des produits du terroir. Rappelons enfin que dans notre hiérarchie des valeurs, différente d’un peuple à l’autre, le travail de la terre occupe une place de choix. Je n’en veux pour preuve que ce fait : sous l’Ancien Régime, les nobles n’avaient pas le droit de travailler. Sinon, ils perdaient leur noblesse. Ils «dérogeaient». A une exception près : le travail de la terre. C’est dire et reconnaître la noblesse du travail de la terre.

Sans la dimension rurale, la France ne serait pas la France.  Le monde rural, en effet, est porteur de valeurs fortes, spécifiques, irremplaçables. Les mystiques ont souligné combien le désert apportait à leur méditation. Le milieu dans lequel on vit, dans lequel on grandit, est déterminant pour notre perception du monde, notre caractère, nos comportements, nos idées même. De ce point de vue, entre les grandes villes et le monde rural, il existe une différence évidente. On parle de sagesse paysanne, de bon sens paysan. Les ruraux savent – ce que ne savent pas assez les citadins – que pour récolter, il faut semer. Et qu’avant de semer, il faut labourer. Qu’il faut ensuite de la patience. La leçon est aussi politique…

Les ruraux savent qu’il existe des lois de la nature qui sont immuables, contre lesquelles on ne peut rien; qu’il existe des catastrophes naturelles, ne serait-ce que les intempéries, qui sont inévitables. La nature leur enseigne la persévérance, l’aplomb, la sérénité. En ville, l’homme est entouré des œuvres de l’homme, ce qui le porte à l’orgueil, voire à l’esprit de conquête et de domination. A la campagne, il est entouré des œuvres de la nature – pour s’en tenir à une remarque religieusement neutre –, ce qui le porte à la modestie et le prédispose à rechercher une certaine harmonie. Notre société a besoin des valeurs du monde rural.

“Nous n’avons pas encore tiré toutes les conséquences pour notre mode de vie”

Ces considérations, peut-être, vous paraîtront quelque peu “vieille France”. Pardonnez au passionné d’histoire que je suis de les avoir formulées. Mais remarquez aussi qu’elles sont d’actualité. Nous souffrons aujourd’hui d’un “mal des banlieues”, d’un mal des villes, d’un mal-être plus général de notre société.

Les propos, qui précèdent, peuvent certainement contribuer à son explication, à sa compréhension. Et si, au lieu de parler de “valeurs de la terre”, on parle d’”écologie”, alors on paraîtrait plus moderne. Le vingt-et-unième siècle sera-t-il, doit-il être, le siècle de l’écologie ? Là est la question. Sera-t-il le retour en force des valeurs rurales et d’un certain art de vivre propre aux campagnes ?

L’urbanisation de notre pays est le résultat de la révolution industrielle. Nos ancêtres se sont groupés autour des mines de charbon et des mines de fer, autour des machines à vapeur et ont bâti les grandes villes industrielles. Nous sommes aujourd’hui à l’ère post-industrielle. Depuis longtemps déjà, grâce à l’électricité, nous avons, dans le plus petit village, dans le plus petit hameau, un “terminal de centrale nucléaire”. Depuis longtemps aussi, nous avons la radio, la télévision, le téléphone. Nous avons maintenant le téléphone portable, la télécopie, Internet, la fibre optique, ce qu’on appelle les “autoroutes de l’information”, et grâce à cela tous les ordinateurs du monde à domicile. Le télétravail, les délocalisations qui sont pour nous une catastrophe si elles s’effectuent sur d’autres continents, sont une chance formidable pour le monde rural.

Nous n’avons pas encore tiré toutes les conséquences pour notre mode de vie, pour l’aménagement de notre territoire, de cette révolution que nous vivons. Aussi devons-nous être persuadés – et nous devons persuader tous nos concitoyens – que développer le monde rural, ce n’est pas sauvegarder le passé, c’est préserver notre avenir.


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