Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

La folie des grands stades  

Voilà une nouvelle fois dans l’histoire de la déclinaison européenne du désormais fameux “Panem et circenses” (du pain et des jeux), la volonté du gouvernement de faire du football une “cause nationale” et pour le président Hollande de bénéficier des effets positifs d’un cercle idéalement vertueux conduisant à la “France qui gagne” sur tous les fronts, à commencer par ceux du ballon rond. Occasion de démontrer, par procuration, pour le président-candidat que oui, « La France va mieux », « la croissance repart ». Nous voilà donc embarqués, tous unis derrière le supporter en chef, François Hollande, profitant de cette fête populaire ultra-sécurisée.

Loin du foot-business et des scandales, le ministre de l’Éducation veut « mettre du bleu dans l’esprit des gens », ce qui vaut toujours mieux que les “bleus à l’âme” des crises politiques, économiques et sociales que nous traversons, même si le coût de l’opération est notable : à Bordeaux, 359 millions d’euros pour la rénovation du stade, à Nice 243 millions, à Marseille 268 millions, à Lyon 450 millions et à Lille 324.

« L’Empire hyper festif est désormais seul capable de refaire l’unité nationale »

Pour un certain nombre d’essayistes, nous vivons « la folie des grands stades » dont les retombées économiques seront essentiellement captées par l’UEFA et ses partenaires commerciaux. Et d’aucun, au-delà du plaisir télévisuel et de son expression nationaliste, de se poser et de formuler la question : À qui profite vraiment le football au moment où la France reste le pays le plus menacé par l’État Islamique, nous conduisant à vivre désormais dans l’état d’urgence footballistique mobilisant près de 90 000 membres des forces de l’ordre. Une façon de renforcer la sécurité pour un Euro sans danger malgré les débordements hooliganistes que nous venons de connaître à Marseille.

Peut-on faire pour autant du football le modèle social idéal et “nos Bleus” des modèles pour la jeunesse dans le triste contexte des scandales de corruption de la FIFA et de l’UEFA, de l’affaire de la “sex tape” au sein de l’équipe de France, des soupçons réitérés de dopage, du mercantilisme croissant ?

Reste à savoir si cette compétition populaire va faire oublier l’in-gouvernabilité d’un pays qui n’a jamais abordé une campagne des présidentielles dans un tel état ; reste à savoir si l’exutoire mystificateur du ballon rond jouera pleinement ; reste à savoir si, comme l’écrivait Philippe Muray, « l’Empire hyper festif est désormais seul capable de refaire l’unité nationale, de penser comme de panser les fractures de la société et d’y créer le vrai et ultime parti unique de la fraternité. »

 

 

 


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