Robert Redeker
Robert
Redeker

La foi, le pire ennemi du fanatisme

Le fanatisme est de tous les temps. Il varie dans ses occurrences et son imaginaire, mais sa structure ne change pas. Celui que fustigeait Voltaire ne diffère que peu des fanatismes contemporains. L’hostilité de Voltaire au fanatisme ne voit cependant pas le fond de l’affaire : l’incompatibilité entre le fanatisme et le monothéisme bien compris. Le fanatisme est avant tout une idolâtrie : l’idée se change en idole à laquelle on se déclare prêt à offrir tous les sacrifices, à commencer par la vie et la liberté d’autrui. Il est l’idolâtrie s’étant, après s’être déguisée, installée au sein même des monothéismes qui désignent pourtant l’idolâtrie comme le Mal.

Le fanatisme naît de la rencontre entre une passion et une idéologie. Appelons idéologie l’imitation de l’idée et de la pensée, dont elle ne garde que l’apparence. Dans le fanatisme, l’idéologie et la passion se nouent au sein d’un psychisme assoiffé de certitudes rassurantes qui légitiment l’action. Passion : le fanatique est passif, il ne se maîtrise pas, il est le jouet de ses idées. Toute idée, tout livre (la Bible, le Coran, le Capital) peuvent être travestis en idéologie et devenir matière à fanatisme.

« Le fanatisme naît de la rencontre entre une passion et une idéologie »

Le fanatique n’a jamais la foi. Pas plus Bernard Gui, le triste auteur au XIVe siècle du Manuel de l’Inquisiteur, que le djihadiste de la dernière pluie. À la foi le fanatique substitue une ombre de savoir. Il confond la foi avec le savoir, son contraire, et agit comme si la foi était un savoir. Kierkegaard nous a dit ce qu’est la foi : « le surmontement permanent du doute ». Le doute est le cœur et le moteur de la foi, il en est l’essence. Or, le doute est absent de l’esprit du fanatique ; par suite le fanatique est l’ennemi de la foi dont il se prétend le combattant zélé.
C’est pourquoi le fanatisme est compatible avec la religion, tant que celle-ci ne se rend pas compte qu’il est une idolâtrie, dans la mesure où elle est un corps de doctrine pouvant se muer en idéologie. Mais il n’est jamais compatible avec la foi, dont il est la destruction. C’est qu’il est motivé par deux peurs : la peur paradoxale de la foi, et la peur de la pensée. Un être humain qui pratique sa religion en ayant vraiment la foi, doute – par suite, il ne peut ni devenir un fanatique ni soutenir les fanatiques. Il semble qu’on ne peut vaincre le fanatisme qu’en demandant aux religions d’exiger de leurs fidèles qu’ils prennent vraiment au sérieux la foi.

 


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.