Philippe David
Philippe
David
L'esprit libre

La fin d’une époque…

Imaginerait-on aujourd’hui une émission où un homme portant des lunettes d’écaille assis derrière un bureau passerait 45 minutes à raconter l’histoire aux téléspectateurs ? Une émission où toutes les générations découvriraient les passages glorieux ou moins glorieux de notre histoire, où les héros côtoieraient les salauds, bref où l’on se pencherait sur le passé sans tabou.

Ce type d’émission a existé, elle s’appelait “Alain Decaux raconte” et a été diffusée sur la seconde chaine du service public de 1969 à 1987. D’abord d’une durée de 15 minutes, le succès a été tel qu’elle est passée à 30 minutes au bout d’un an, pour être rallongée à 45 minutes l’année suivante et jusqu’à la fin de sa diffusion.

On y découvrait le destin tragique d’un enfant connu sous le nom de Louis XVII, enfant trop souvent passé par pertes et profits dans les programmes scolaires, le massacre de Katyn ou la guerre des camisards, dernière guerre de religion à s’être déroulée en France.

« Des monts Everest de bêtise, des fosses des Marianne de stupidité »

Depuis les séries ont bien changé. On a désormais “Les Marseillais en Afrique du Sud” après que ceux-ci soient allés répandre les radiations de leur Tchernobyl culturel à Miami, Cancún ou Rio, ce qui prouve soit dit en passant que certains pays ne font aucune enquête de QI avant de délivrer des visas d’entrée sur leur territoire. Dans la télé actuelle, n’importe quelle Bimbo au vocabulaire se résumant à « allo quoi » ou copulant dans une piscine peut devenir une vedette qu’on s’arrache en quelques minutes.

Alain Decaux et André Castelot et leurs récits historiques racontés avec passion ont depuis été remplacés par des monts Everest de bêtise, des fosses des Marianne de stupidité à un point qu’on ne touche plus à son poste si l’on a peur de ressembler à ceux qui peuplent le petit écran.

Pour avoir rencontré tant Alain Decaux qu’André Castelot dans des dédicaces à leur heure de gloire, ils avaient été tous deux charmants et simples avec le lycéen passionné d’histoire qui leur demandait, penaud, l’honneur d’avoir leur signature et un petit mot au début de leur dernier livre. C’était le temps béni de la culture et de l’histoire à la télévision, l’époque du “Grand échiquier”, des “Dossiers de l’écran” ou encore de “Cinq colonnes à la Une”.

Après la disparition de Jacques Chancel fin 2014, celle d’Alain Decaux dimanche dernier nous rappelle que cette époque bénie est bel et bien révolue…

 

 

 


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