Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

La fin de la mondialisation

A la lecture des livres traitant de l’économie, on est aujourd’hui en droit de se demander si nous ne sommes pas en train de changer de système ou de « logiciel de pensée ». L’éditorialiste Christine Kerdellant nous propose un certain nombre de titres d’ouvrages symptomatiques d’une fin de cycle : avec « la fin de la mondialisation », François Lenglet illustre cette rupture historique ; Dominique Meda déconstruit « la Mystique de la croissance en décrivant un « système à bout de souffle » ; Hervé Juvin s’engage sur le chemin de « l’écologie humaine » alors que l’économiste Thomas Piketty dans un énorme ouvrage intitulé « Le Capital au XXI° siècle » étudie trois siècles et vingt pays ; un formidable travail. Idem pour François Heisbourg avec « La fin du rêve européen », et David Graeber, auteur de « Dette : cinq mille ans de créancier ». Est-ce à dire que la fameuse mondialisation a reculé et que la localisation – ou plutôt la relocalisation – se développe dans tous les grands pays industriels – sauf la France - ; autant d’éléments et d’analyse qui vont peut-être nous conduire à « l’inévitable protectionnisme » (de F. Dedieu et B. Masse-Stamberger) et à une refondation idéologique des valeurs de l’entreprise, du bonheur et du risque d’entreprendre et de l’invention d’un nouveau capitalisme. Le moment pour la classe politique d’imiter les économistes dans leur démarche innovatrice en pratiquant « l’anti-fragile » (ouvrage de Nassim Taleb), à ne pas confondre avec robustesse parce que « le solide résiste aux chocs, l’anti-fragile les absorbe pour en sortir plus fort. » Développons donc « l’anti-fragilité », c’est-à-dire « la capacité de répondre au désordre et d’en sortir renforcé. » Tel est peut-être aussi le choix du Pape François qui a développé depuis six mois un « effet François » positif profitant à l’église catholique « sans annonce spectaculaire, sans changement de doctrine en recentrant simplement l’église sur ses valeurs évangéliques. » Même le protestant B. Obama s’est dit impressionné par François, son humilité et son empathie. Mais déjà à Rome, on murmure sous robe de bure « qu’il ne va pas satisfaire tous les fantasmes. » Le cardinal Tauran résumant ainsi la situation : « Les gens me disent : « on venait voir Jean-Paul II, on venait écouter Benoît XVI, on vient toucher François ». » D’autant plus que le drame de Lampedusa, italien autant qu’européen, vient susciter intenses compassion et émotion entraînant le pape à dénoncer « la mondialisation de l’indifférence » tout en évoquant une « journée de pleurs. » Un drame qui suscite les réactions du sacré et du profane, du Politique et du Religieux, entraînant des communiqués classiques et trop banals de la Communauté européenne comme de l’ONU.

Moment charnière choisi par Pierre Nora pour publier « Recherches de la France » et proposer certaines réflexions utiles pour le Politique comme pour le citoyen : « la montée en puissance des identités minoritaires et l’immense mutation de l’être collectif national qui nous a faits passer de l’identité républicaine à l’identité démocratique ». Considérant que la Révolution a été à la fois « une formidable rupture et une formidable renaissance nationale », il souligne « à quel point le département a normalisé un pays divers en termes de langue, de géographie, de passé. » Et d’ajouter pour mieux comprendre l’évolution que « tous les paramètres traditionnels de l’identité républicaine sont remis en cause : la souveraineté, l’empire, l’universel, la laïcité, le franc, le service public, les frontières, le service militaire, les Institutions. » Et de conclure : « nous devrions comprendre que, si les Français n’existaient pas, les autres s’ennuieraient. » Oui… si la France n’était pas là, quelque chose manquerait à la mondialisation malheureuse.

 

Stéphane Baumont


UN COMMENTAIRE SUR La fin de la mondialisation

  1. CHOURAQUI dit :

    brillant.
    Chez ce Monsieur cela devient une habitude.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.