Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

La démocratie impolitique

Plusieurs éléments structurent le paysage politique français à un mois et demi des élections municipales qui pourraient confirmer le fait que depuis 1978, aucune élection intermédiaire n’a été gagnée par le camp politique du Premier ministre en exercice. Parmi ces éléments : la cote de popularité du Président Hollande (79% de mécontents, 20% de satisfaits) perdant des soutiens au PS, chez ses alliés écolos et du front de gauche ; un Premier ministre un peu moins atteint (26% de satisfaits, 71% de mécontents) ; les distances prises par Martine Aubry vis-à-vis du Président en mettant en avant le lien social qu’est « le care » ; un gouvernement à bout de souffle (couacs multiples et notamment celui relatif au gel de l’avancement des fonctionnaires) qui pourrait connaître en avril (après les Municipales) un nouveau patron (Manuel Valls, B. Delanoé) et d’autres entrants emblématiques (comme Ségolène Royal) ; les rebondissements publics et médiatiques de la vie privée du Président qui en désacralisant la fonction le lestent d’un plomb ressemblant aux caricatures offertes par la III° ou la IV° République (de la maîtresse de Félix Faure aux autres scandales, socle de l’inspiration des chansonniers !) A ces éléments structurant (ou déstructurant, déconstruisant) la vie et le champ politique s’ajoutent ceux-ci qui contribuent à compléter notre regard sur la société politique française : le retour accéléré de Nicolas Sarkozy, incapable de rester silencieux en « réserve de la République » et dont le « carburant » principal pourrait être l’anti-hollandisme ; l’enracinement des idées du Front National (le taux d’adhésion à ses propositions atteint 34%) et la normalisation de l’image de Marine Le Pen ; le rêve de l’UMP de renouer avec l’électorat musulman déstabilisé par les projets du gouvernement sur la famille ; le rôle croissant joué par la Cour des Comptes qui contribue à fabriquer la politique qu’elle évalue (ne faudra-t-il pas un organisme chargé d’évaluer les recommandations et les intentions de l’évaluateur ?) ; la démobilisation de l’électorat de gauche qui pourrait s’abstenir dans des proportions élevées.

Au pouvoir de tirer les leçons de cette décomposition et du désenchantement de l’électorat en se pliant, comme le recommande Pierre Rosanvallon (dans son ouvrage « La légitimité démocratique » éditions du Seuil) à un triple impératif de mise à distance des positions partisans et des intérêts particuliers (légitimité d’impartialité) de prise en compte des expressions plurielles du bien commun (légitimité de réflexivité) et de reconnaissance de toutes les singularités (légitimé de proximité).

Avec le verdict des urnes, celui des sondages est l’étalon de la légitimité. Les citoyens en ont fortement conscience au point qu’une appréhension élargie de l’idée de volonté générale s’est imposée au moment où pointe à l’horizon du politique, l’illégitimité c’est-à-dire l’inadéquation politique entre le pouvoir (son président) et l’adhésion des gouvernés. Une situation qui transforme la République en « démocratie impolitique».

 


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