Alex Lekouid
Alex
Lekouid
L comme Lekouid

La croix blanche de la foi

Janvier 98, assis à la terrasse d’un café parisien, j’écoute un groupe de gens : ils parlent des chances de l’équipe de France à faire de nous les champions du monde, et mon téléphone sonne. C’est Pierre Douglas, le célèbre chansonnier qui imitait Georges Marchais, en donnant la réplique à Thierry Le Luron à la télé. Cela fait quelques mois que nous partageons la scène du cabaret le Don Camilo, où il est une des vedettes depuis des années. Il me dit, « que fais-tu le 6 février!» Je réponds, « je ne sais pas ! Je serai avec toi ? » Il ponctue d’un  « ah ! » rieur et poursuit. « Absolument ! Je te laisse une invitation à l’entrée de l’Olympia ! » Je suis ravi d’aller l’applaudir dans cette salle Mythique, d’autant que je n’y suis jamais allé ! Quelques semaines plus tard, je suis dans la file d’attente pour accéder à la salle de spectacle, mais je ne comprends pas ; l’enseigne lumineuse affiche : concerto pour piano et orchestre, présenté par Sacha Distel. Arrivé au guichet, je donne mon nom à l’ouvreur, qui m’accompagne aussitôt à la loge des artistes. Je pénètre dans la pièce et découvre Pierre Douglas en queue de pie, au milieu de musiciens qui accordent leurs instruments. « ah ! mon p’tit Alex, te voilà ! » Il m’explique que la direction d’orchestre et la musique classique sont ses grandes passions, puis il m’invite à le suivre jusqu’à la scène.

« Ah ! mon p’tit Alex, te voilà ! »

« Va au milieu ! Avance encore ! Tu vois la croix blanche ? », Je réponds oui à demi- mot.  « Hé bien c’est de là que je vais diriger l’ensemble orchestral d’île de France ! » Puis il observe le silence. Les murmures des deux mille personnes assises derrière l’immense rideau devant moi, me font prendre conscience que je suis sur la scène de mes rêves ; mon émotion est à son comble. « Allez, va t’asseoir maintenant ! Ce soir c’est moi, mais un jour, ce sera ton tour, crois-moi ». J’embrasse Pierre et m’exécute. Je me perds dans les couloirs et croise le directeur du théâtre, qui me regarde interloqué. Je lui dis essoufflé, « la prochaine fois que je viendrai, je connaîtrai mieux les lieux, je vous le promets ». Je m’assois le dernier sous le regard de Sacha Distel qui présente la soirée. Pierre Douglas est majestueux, il mène d’une main de maître des œuvres comme la  n° 3 de Beethoven, ou la Symphonie ” italienne” de Mendelssohn. Je suis époustouflé… Mai 2000, Pierre roule en scooter dans Paris, quand son téléphone sonne. Il s’arrête et décroche, « Bonjour Piero, que fais-tu le 5 juin», il me répond  « Je serai avec toi ? » Nous rions et je poursuis, « absolument ! Je te laisse une invitation à l’Olympia ! »… Je viens de finir mon spectacle en première partie du groupe Emile & Images et le public me réclame un rappel. Pris d’émotion, je me mets à raconter : « Il y a quelques années, un ami m’a invité à me tenir ici même, sur cette croix blanche. Debout devant les rideaux fermés, il m’a prédit qu’un jour ils s’ouvriraient pour moi ; il parlait sans nul doute de ce soir ». Je lève les yeux au balcon et regarde mon ami. « Merci Pierre, ton geste m’a donné la foi, et ta confiance m’a fait croire que c’était possible. J’ai joué à l’Olympia! » 

 

 


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.