Jean François Laffont
Jean François
Laffont

La Convivencia : Qu’es Aquo ?

À l’heure où la barbarie sauvage brise la voix des hommes libres, à l’heure où la tentation du repli sur soi fait recette, quand le sang coule au nom de l’obscurantisme et défigure la liberté, le retour à la belle notion de « Convivencia » nous semble urgentissime !

Cette notion fait partie des valeurs dites « occitanes », car depuis plus de mille ans, les Occitans ont accueilli, intégré, aidé de nombreux peuples et toléré de multiples croyances: des musulmans d’El Andalus aux Juifs et aux cathares persécutés, des Espagnols républicains aux Italiens, aux Portugais, aux Maghrébins, nous avons prouvé que nous pouvons vivre ici, ensemble, dans le respect de la culture de chacun ! Cet art de vivre ensemble dans le respect de l’autre, c’est l’essence même de notre civilisation occitane, elle se disait « Paratge » dans la poésie des troubadours !

Cette « Convivencia » nous vient donc des plus profondes entrailles de notre culture, elle fait partie intégrante de nos coutumes et de l’histoire de Toulouse.

Elle est dans notre « ADN » malgré les siècles d’obscurantisme qui ont suivi, après la croisade des « albigeois » que nous avons subis, la mise à mal de notre art de vivre par l’intolérance religieuse, et même la création de l’inquisition, ici, à Toulouse ! Cette Convivencia occitane décrite par la philosophe Simone Weil en 1943 : « les idées ne s’y heurtaient pas, elles y circulaient dans un milieu en quelque sorte continu. Telle est l’atmosphère qui convient à l’intelligence, l’esprit de la civilisation d’OC au 12e siècle répond à des aspirations qui n’ont pas disparu et que nous ne devons pas laisser disparaître… »

« Aucun état d’urgence ni aucune frontière ne règlera le problème »

Mais ils nous l’ont fait payer très cher, par la suite, cette idée de Convivencia, et nous payons chaque fois qu’on brule un Calas, un Vanini, ou au bucher de Montségur, ou chaque fois qu’un Torquémada ou qu’un Mérah nous frappe, ici, à l’école Ozar Athora, A Charlie, au Bataclan, ou ailleurs… Américo Castro et bien d’autres penseurs se sont penchés sur sa définition, mais c’est l’écrivain et historien toulousain Alem Surre Garcia qui donne la définition la plus actuelle de la Convivencia : «  il s’agit d’un ART de VIVRE ENSEMBLE (comment ? dans quel but ? y est-on obligé ?) dans le RESPECT DE L’ALTÉRITÉ, en soi et hors de soi (savoir reconnaître la part d’étranger que l’on a, en soi-même) et enfin EN TERMES D’ÉGALITÉ. »

La Convivencia dépasse donc les notions de tolérance, de partage, du vivre ensemble, elle induit même la notion de gout ou de plaisir : le plaisir de voir en l’autre un être différent, porteur de sa propre culture et de sa langue pour un enrichissement mutuel …et dans un respect absolu de la dignité et de la pluralité !

Nous savons bien qu’aucun état d’urgence ni aucune frontière (fut telle électrifiée) ne règlera le problème que nous vivons en Europe et spécialement en France : il faut trouver des solutions intelligentes qui font appel à ces notions sinon nous allons dans un mur. C’est pour cela que nous avons interpellé les élus, spécialement la Mairie de Toulouse, pour leur proposer de réinventer une application moderne de cette notion, si locale, et pourtant si universelle, nous espérons avoir été entendus. Les Occitans peuvent, et doivent, être partie prenante d’une prise de conscience nécessaire, car la culture occitane, et notre histoire, sont notre richesse et notre patrimoine : sachons-y puiser pour aller vers l’avenir dans la lumière du passé !

 

 


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