Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Impopularité historique

Il y a bien sûr, dans une actualité marquée par le choc et la violence des émotions, les « terroristes » américains d’origine tchétchène dans l’attentat de Boston ; la libération des otages français, la famille Moulin-Fournier ; la manifestation contre le mariage pour tous et l’accélération du calendrier parlementaire avec l’irruption inattendue de groupuscules violents ; mais il y a aussi, véritable événement politique, l’établissement d’un nouveau record absolu de l’impopularité sous la V° République : 74 % des Français mécontents de leur Président et seulement 25 % de satisfaits. Les raisons : l’affaire Cahuzac, multiplicateur des angoisses sociales et des défauts prêtés au Président (lenteur de réaction, « mollesse », manque d’autorité, mauvaise communication de crise), remise en cause du personnage qui réagit plus avec les réflexes d’ancien Secrétaire du PS qu’avec ceux d’un Président gaullo-mitterrandien de la V° République (comment vouloir en faire une République « normale » alors que fondamentalement, constitutionnellement et politiquement elle ne l’a jamais été). Ambiance de plus en plus délétère qui peut déboucher pour les uns sur une explosion (la une du Point n’hésite pas à titrer « Sommes-nous en 1789 ? ») parce que selon l’historien Patrice Gueniffey, « nous sommes en 1788 avec le cumul de plusieurs crises : la monnaie – un euro trop fort- une dette publique exorbitante, une crise économique depuis 2008, une crise politique, voire des institutions … Le drame c’est quand un système fort est occupé par un homme faible. Ce fut le cas avec Louis XVI. C’est le cas aujourd’hui, Hollande se trouve un peu dans la situation de Louis XVI en 1789 ».

On remarquera d’ailleurs que ce genre de comparaisons revient de manière récurrente (R-G Schwartzenberg en avait fait l’objet de son ouvrage intitulé « La malfrance » il y a quatre ans ») mais que l’ensemble ou presque des analystes soulignent notamment que « le problème aujourd’hui est qu’il y a trop de lignes politiques qui coexistent. Ce qu’il faut préciser c’est la ligne ». (Bastien François) ; que « l’hystérie médiatique a déclenché l’hystérie politique… et ce qui nous menace n’est pas l’explosion mais l’implosion, le chaos, l’impuissance complète du politique, la paralysie » (Marcel Gauchet) ; que « François Hollande n’a pas trouvé son rythme de combat, on ne sait toujours pas quel est le disque dur de la gauche » (Daniel Cohn-Bendit). Autant de points de vue qui démontrent les raisons profondes de l’impopularité et de l’absence d’endossement du costume institutionnel et politique de la V° République. Comment le Président va-t-il maintenant réagir, comment va-t-il mettre fin au flou de sa politique, comment peut-il éviter de s’aligner sur Sarkozy en utilisant les armes du vote bloqué, du temps programmé et des procédures accélérées ? Est-il en mesure de présenter la grande réforme fiscale prévue, de donner corps à son vœu de république contractuelle quand il se met à dos les élus de son propre parti, comment sortir de cette ambiance de vide politique et de tsunami d’impopularité parce que les réformes de société n’améliorent pas le climat politique ? Autant de questions auxquelles les réponses données permettront de savoir si le premier des gouvernants ira au bout d’un quinquennat qui lui échappe des mains pour le moment. Si le Président Hollande ne peut en finir avec les plaies historiques du socialisme français, « s’il en est incapable, la synthèse du sarkozysme médiatique et du hollandisme politique risque de faire très mal » (Marcel Gauchet) et de conduire aux conséquences générées par l’hystérie politique et l’hystérie médiatique : décidément « 1789 et 2013 pourraient avoir un air de famille » (Patrice Gueniffey).

 

Stéphane Baumont


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