Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

« Il y a le feu ! » lance Michel Rocard dans le JOD du 27 Janvier, ajoutant dans le style direct qui est celui de l’ancien Premier ministre de F. Mitterrand (1988-1991) et de l’économiste : « La France est dans une situation terrifiante. La récession va s’aggraver donc le chômage va augmenter. Regardez où en sont les moteurs de la croissance. La consommation est en panne à cause du chômage, l’investissement aussi puisque les perspectives sont nulles, les exportations sont en berne car l’Europe est en récession et la dépense publique est contrainte par l’objectif de réduire les déficits. » Appréciation et constat confirmés par le Ministère du travail (Décembre a été le vingtième mois consécutif de hausse du chômage malgré l’accalmie surprenante et inattendue après plusieurs mois de hausses très fortes (l’explication est à trouver dans l’augmentation anormale de près de 25 % des radiations en un mois).

Seul l’économiste Philippe Askenazy demande que l’on arrête le « French bashing » en soulignant que « le niveau du chômage est remarquablement bas » et que « nous devrions avoir un demi-million de chômeurs supplémentaires si le marché du travail avait réagi comme dans la seconde partie du XX° siècle », « la mise en place d’un autre calendrier pour les déficits », « un ralentissement dans la réduction de la dette », « l’allongement dans la durée de la cotisation » jusqu’à 43 annuités, porter l’âge de la retraite à 65 ans » (« le vrai calcul se fonde sur la durée de cotisations, pas sur un droit lié à un âge borné et inutile), la nécessité d’une vraie réforme fiscale « avec un impôt à source harmonisé et plus progressif ». Reste à savoir quelles réponses trouveront ces trois questions : les indemnités de chômage vont diminuer (peut-être seront-elles dégressives pour les cadres ?) ; l’âge de la retraite sera-t-il repoussé ? (il manque 21.3 milliards d’euros en 2017) ; le pouvoir d’achat des retraités va-t-il baisser ? (il pourrait y avoir une perte de 6 % et la fin de la désindexation. Situation d’autant plus difficile à vivre (politiquement) et à gérer (socialement) que, selon l’INSEE, c’est la croissance zéro et non 0.8 % qui est inscrite au fronton des prévisions économiques. Voilà donc F. Hollande, les deux pieds sur le frein dans une pente vertigineuse espérant une relance de l’investissement en Europe mais appelant de ses vœux une dynamique en matière d’emploi (il en a fait la ligne d’horizon de 2013). Mais à l’optimisme – peut-être composé pour l’âme du combat – du Pouvoir répondent les critiques ou le pessimisme des spécialistes : ainsi pour Mathieu Plane, « nous avons anticipé les effets d’aubaine notamment sur le contrat de génération… Du fait d’une austérité surcalibrée et d’une croissance zéro il n’y aura pas d’amélioration avant 2014 ». Même analyse conduite par Jérôme Gautie : « le contrat d’avenir peut aider, pas le contrat de génération. Même si l’État subventionne un peu l’emploi, cela ne veut pas dire que les employeurs vont embaucher ». Quant à J. Rigaudiat, ex-conseiller de Rocard et de Jospin, « ce n’est ni le lamentable accord sur l’emploi ni les emplois d’avenir et de génération qui vont résoudre le chômage ». L’INSEE aura-t-il raison avec son étude vers les dix millions de pauvres et les cinq millions de chômeurs ? Nous sommes donc dans un paysage social dévasté où les fractures sociales générées par la crise et l’austérité créent un climat politique qui devrait marquer les prochaines élections. Comme le disait Lacan : « le cruel réel, c’est quand on se cogne ».

 Stéphane Baumont


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