Thomas Simonian
Thomas
Simonian

Il n’est pas un tueur…

Il est trop gentil, trop correct : il n’est pas un tueur… Voilà une définition qui pourrait paraître des plus louables à l’attention du personnage à qui elle s’adresse… Et qui pourtant, dans le monde de violence révélée qui s’agite sous nos pieds, serait plutôt la marque du mépris, d’une incompétence reconnue, quasi une insulte. De toutes les manières, c’est un véritable handicap si, parmi nos congénères, on a l’ambition de grandir. Là c’est une certitude. Et au Journal toulousain, nous le mesurons chaque jour davantage, mais cela pourrait changer.

Ainsi dans cette société qui s’expose à nos yeux, la violence est la coutume, même si elle n’en porte pas toujours le nom. Et que l’on ne s’y méprenne pas, elle est cette culture naturelle inscrite au plus profond de chacun de nous. La violence s’appuie de fait sur ce vocable pervers mais plein de sens «il n’est pas un tueur» pour fixer la mesure de notre environnement comportemental. D’autant qu’elle se retrouvera confortée par des exemples de réussites où peu de choses se sont gagnées dans la clarté et la correction voire la transparence. Ainsi le monde de l’entreprise ne serait pas le seul terrain d’expérimentation où les techniques d’influences, de censure, les crocs-en-jambe, les coups bas, les associations de circonstances, les rumeurs pour tuer le concurrent, seraient la pratique courante. Le monde de la politique, du syndicalisme, de l’association soi-disant à but non lucratif, du sport, du commerce, de la science, de la recherche et bien entendu de l’information proposent aussi leurs variantes et coutumes du modèle du tueur… Pour une société qui ne veut pas s’avouer que seule, pour elle, la victoire serait belle.

 

De fait, le monde serait en perdition ?

 

Non, la technique du tueur est vieille comme le monde et les exemples ne manquent pas. L’histoire d’Abel et Caïn étant toujours d’une actualité criante. Ainsi, siècle après siècle elle s’est seulement transformée, adaptée, mise en harmonie avec les lois ou feint de l’être. Elle s’est surtout rapprochée du pouvoir, des pouvoirs, pour mieux dominer, influer, fixer la règle. Sauf qu’aujourd’hui les techniques de l’information étant accessibles au plus grand nombre parmi nous, la moindre dérive y est exposée, commentée, disséquée. En fait, peu de choses semblent pouvoir échapper à notre connaissance, à notre jugement. Mais sans pour autant nous donner gage de vérité, car tout peut être transformé voire inventé pour tuer. En sommes-nous tous conscients ? Car là pourrait être la dérive malsaine, dont seraient victimes les plus exposés, les plus dérangeants, comme les plus faibles ou les moins avertis. Ainsi le média internet est par bien des côtés et surtout sa facilité d’expression, le vecteur tout indiqué pour ces risques de dérives. Comme il peut devenir à l’usage, il faut le reconnaître, le plus bel outil d’information au service de la démocratie, de l’équité et de la justice ; des plus faibles. Un contre-pouvoir certes, mais qui sans véritable contrôle, pourrait devenir aussi une belle dictature dans cette société avide de liberté d’expression, sans pour autant vouloir accepter de se plier à sa contrepartie : l’éthique.

Et si nos enfants s’en emparent, il n’est pas certain qu’ils en limitent la mesure, cela n’est pas de leur âge. Nous seuls, leurs parents, leurs éducateurs, sommes gardiens de leur devenir. Et trop montrer la société pour cible de nos échecs, revient à gommer nos responsabilités. Car rendre les autres responsables de nos problèmes est une manière rapide d’échapper à la difficulté que constituerait le devoir de changer et de mûrir.

C’est écrit : je devrais, mais je ne peux devenir un tueur…

 

André Gallego

Direction éditoriale

Président France Génération Plurielle

andreg@aol.com

 


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