Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Hollande: Première embellie

Et si au-delà de la défaite de Toulon battu par une équipe de Castres intelligente qui, selon Daniel Herrero « mordille l’assurance un peu moins tous risques de Toulouse » ; de l’exposition trop forte des enfants à la violence ; de la victoire de Bordeaux contre Evian en finale (qu’aurait écrit Antoine Blondin du succès de la capitale du vin sur l’eau minérale de l’Alpe du Lac Léman ?) ; oui, au-delà des innovations papales turbulant à souhait le calme de la chrétienté (il a convié tous les catholiques à la prière dimanche en dénonçant « les chrétiens de salon » et en faisant de la proximité peut-être un des instruments d’un nouveau combat qui ressemble sans le dire à une nouvelle croisade qui empêche de connaître la « sédimentation façon Benoît XVI) ; si au-delà de l’éventuelle interdiction de la nouvelle cigarette électronique (vive l’interventionnisme étatique au nom du principe de précaution qui ne veut pas que chacun, tout citoyen fumeur, aille vers son risque !) ; oui, si au-delà de ces éléments qui structurent l’actualité, il y avait aussi, actualité des actualités, normes informatives des normes médiatiques, le mauvais temps. Que n’entend-on pas à la ville comme à la campagne : c’est ce mauvais temps qui figure parmi les propos usuels où sont dénoncés notamment ses conséquences : promenades annulées, « RTT » noyées, inondations de l’Aude à la Haute-Garonne, prolongation de la coûteuse saison de chauffage, climat déprimant à force de rester confinés à la maison, dépression due au trop plein d’averse et de pluies contestant le proverbe « en mai, fais ce qu’il te plaît ». Quant aux agriculteurs, ils blâment la tardiveté saisonnière du développement des fruits et légumes et sont inquiets pour les récoltes de céréales.

Comme le disait un grand agriculteur de Normandie, « le mauvais temps, c’est le temps qui dure » s’agissant des pluies et des froidures. Certes, comme le souligne l’historien E. Leroy-Ladurie nous n’en sommes pas au temps de famines même s’il est bon de se rappeler que « les famines liées au froid et aux pluies abondantes étaient aggravées par les pillards et les soudards. » « Oui, autrefois porteur de famine, un printemps capricieux peut éveiller encore en nous le sentiment de notre fragilité ». Mauvais temps aussi pour ces 900 000 jeunes en déshérence, pour ce million de 15 à 29 ans qui semblent s’être résignés à l’échec. C’est une situation insupportable pour un pays (qui se veut celui des droits de l’homme) et une démocratie qui se veut « démocrate sociale ». Il y a là une perte de confiance dont les institutions censées les aider, qui s’installe dans notre société de défiance, une espèce de fatalité de la précarité. En France, 1,9 millions de jeunes gens ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Voilà donc notre pays avec ces 900 000 jeunes inactifs « découragés de tout, résignés, écrasés par le sentiment de l’échec assuré, qui n’étudient pas et ne cherchent pas pour autant un travail » selon Pascale Kremer. C’est dans ce contexte qui s’ajoute l’affaire de la partialité du juge Gentil, de la mise en examen de Pierre Estoup « pour escroquerie en bande organisée », de la chute de la maison Guérini. C’est paradoxalement dans ce climat que le Président Hollande connaît sa première embellie. On lui promettait la défaite programmée, un mélange de mai 1968, du 6 février 1934 et de décembre 1995. Et le voilà qui remonte dans les sondages, qui semble enfin porter et enfiler le costume présidentiel en semblant abandonner la fameuse « normalité » promise par le candidat. Plus de rêve de crise de régime, épuisement de l’offensive du « Hollande bashing ». Plus que jamais le Chef de l’État se veut plus pragmatique qu’idéologique, plus social-démocrate que socialiste, tentant de rassurer sur sa gauche tout en répétant qu’il « veut une majorité ». Néanmoins, l’expérience politique, à l’Élysée et au PS, lui a enseigné « qu’à tout moment, il peut y avoir une explosion qu’on ne voit pas arriver. » L’important pour lui est donc de découpler les réformes pour éviter l’agrégation des mécontentements surtout dans une société de défiance soumise à la tentation des populismes (les municipales de 2014 et les Européennes sont déjà là dans le paysage politique). Plus que jamais, le Chef de l’État doit être comme le gouvernement, réactif, car c’est un pays en crise qu’il faut gérer au mieux sans mensonge et en instillant l’espoir dans une société.

 

Stéphane Baumont


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