Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Hollande n’est plus « normal » !

Alors que François Hollande recevra dans « le temple de la Nation » le 27 mai prochain quatre hautes figures de la Résistance (P.Brossolette incarnant la liberté, G. Tillion l’égalité, G. de Gaulle-Anthonioz la fraternité et J. Zay la laïcité), la question mérite d’être posée à deux ans de la présidentielle, sur la capacité du Panthéon à être un lieu vivant de la mémoire nationale. Le Panthéon, conçu comme le « cœur de la Nation » est une des étapes impératives d’une campagne présidentielle pour tout Président-candidat. Ce n’est d’ailleurs pour François Hollande qu’« une machine à fabriquer du consensus et à oublier le présent ». Qui ne se souvient de la parole inspirée d’André Malraux associant le nom de Jean Moulin à ceux des trois panthéonisés que sont Carnot (et les soldats de l’an II), Hugo (et le peuple des Misérables) et Jaurès (et les combats de la Justice). Qui ne se souvient de la mise en scène du 21 Mai 1981 « sacralisant » le Président Mitterrand et concevant cette « panthéonisation » comme une cérémonie de la mémoire et un ré-enracinement dans l’histoire de France… Voilà donc le Président en exercice recherchant un « second souffle » à l’aune des thèmes principaux de la Résistance et des valeurs héritées de la Révolution. Le but est d’organiser une célébration populaire pour faire entrer le peuple au Panthéon et commémorer également l’histoire immédiate (celle du 11 janvier) avec celle de la Résistance. Mais n’y a-t-il pas un paradoxe dans cette volonté de susciter l’événement pour placer un Président, qui se voulait « normal », dans l’histoire ?

 « Utiliser le star-system »

Dès lors à quoi peut s’opposer fondamentalement la volonté présidentielle : se célébrer en célébrant l’Autre ; s’instituer par l’événement télévisé et commenté par Stéphane Bern comme porteur des valeurs personnalisées par les panthéonisables. Utiliser le star-system classique pour que l’Etat-spectacle braque ses projecteurs sur le « héros », l’élu républicain qui a décidé du lieu, du moment de la cérémonie et de ceux qui y sont en vedette. Considérer le Panthéon comme l’endroit idéal conçu pour la mise en scène quasi-religieuse du rassemblement national, alors que, par son histoire, « il est le lieu même de la rupture entre les Français, sur lui ne parvient pas à s’effacer la marque originelle de la Révolution Française » (Mona Ozouf). Mais le Président Hollande veut éviter ce paradoxe car pour lui « la mémoire du Panthéon n’est pas la mémoire nationale mais une des mémoires politiques offertes aux Français », dans ce que André Billy appelait « l’école normale des morts ». Mais comme le souligne l’historienne Mona Ozouf : « Ce qui soutient le culte des grands hommes, au moment où il s’élabore c’est la foi dans la solidarité spontanée de l’esthétique et de la morale, dans la nécessaire docilité du public à la leçon des sens et dans l’efficacité d’un art pédagogue. Nul ne peut croire aujourd’hui que la représentation visuelle soit le lieu même de la formation morale et de la manipulation idéologique et c’est cela aussi l’échec du Panthéon ». A bon entendeur salut, Monsieur le Président !

 


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.