Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Révélatrices sont les unes de nos quotidiens ou de nos hebdomadaires. Ainsi Le Point, il y a quinze jours, nous offrait-il une couverture très Vercingétorix pour titrer « Nos ancêtres les Gaulois » au moment même où Jean-François Kahn publie son « Invention des Français ». Cette semaine, un visage très « raminagrobis » de F. Hollande est enrichi d’un titre « Le louvoyeur ». L’hebdomadaire aurait-il réussi en quinze jours à caractériser un peuple et son gouvernement momentané ? Toujours est-il que l’historien Marcel Gauchet n’hésite pas à définir ce hollandisme en soulignant que le Président « recule devant la difficulté, biaise avec elle » et de place ainsi dans « la moyenne de nos homologues européens ». Et de déplorer l’absence de discours innovants dans la sphère politique en affirmant que F. Hollande « est particulièrement peu outillé intellectuellement et idéologiquement pour affronter un défi majeur qui est que la mécanique européenne est enrayée ; il a l’intelligence de ses insuffisances mais pas la force de s’en émanciper ». Et l’historien de constater que, contrairement à F. Mitterrand, Hollande est l’esclave du PS. » Comment donc, dans ces conditions, répondre à l’attente de cette majorité de Français qui, selon le baromètre du CEVIPOF, veulent un chef, un vrai, un homme à poigne capable de remettre de l’ordre, en quelque sorte un homme providentiel des temps de crise, entre Clemenceau et de Gaulle. De son côté, le philosophe Michel Onfray, le compare à Pierre 1er, roi de Chypre au XIVe siècle, avant que de considérer que pour le moment « la place de F. Hollande dans l’Histoire n’est pas assurée », que « politiquement, c’est un Sarkozy sans les piles… c’est une anguille, pas une méduse ; il n’est pas mou, il ondule, il est insaisissable ; il est plus renard que lion ».

Quant à son ami Pascal Lamy, qui va bientôt quitter l’OMC, il avoue qu’il « faut continuer à chercher une alternative au système actuel » mais que « nous n’en avons pas trouvé qui soit crédible ». Serions-nous dès lors dans une impasse politique ? Peut-on imaginer la mise en route de réformes taboues de notre « Etat-Providence » : désindexer les pensions de l’inflation (qui rapporterait 750 millions d’euros par an), cotiser plus longtemps aux régimes de retraite (ce serait la troisième réforme en moins de dix ans) ; mettre les allocations familiales sous condition de ressources (Jospin s’y est cassé les dents en 1998 ; le rapport Attali l’avait évalué à une économie de deux milliards d’euros) ; réduire le congé parental (un autre serpent de mer auquel Sarkozy s’était attaqué en 2009) ; priver les étudiants aisés d’aides au logement (économie estimée à un milliard d’euros en 2010) ; fusionner le RSA et la prime pour l’emploi (réforme prématurée parce qu’elle diminuerait le volume des aides aux ménages les plus modestes) ; diminuer l’allocation de chômage des cadres (mais les cadres apportent 30 % des ressources de l’UNEDIC et n’en consomment que 18%) ; réformer le régime des intermittents du spectacle (l’accord en vigueur expire à la fin de l’année). Reste encore et aussi -même si « l’idée du coup de rabot est simpliste », selon le Ministre de la Réforme de l’État – à réformer les administrations publiques, à évaluer l’action du gouvernement, à tailler dans les dépenses ministérielles – mais pas trop dans les « régaliennes » – à traquer dérives et abus comme le fait et le recommande Didier Migaud, son premier Président. Que de tabous à briser, de volontarisme à mettre en œuvre, de courage politique à déployer quand on connaît la place de l’industrie et du social dans l’imaginaire de la gauche au point d’oublier (ou de le feindre) que 70 % de l’économie est composée de services. Au Chef de l’État de faire valoir ses « potestas » et « autoritas » (La Constitution et son élection lui en donnent la légitimité). A moins que lisant la réponse de Péguy à Jaurès il ne nous lance : « Ma république est en un sens avant tout une République où on laissera les gens tranquilles… Je bâtis la cité de la tranquillité… Je demande l’ataraxie sociale ». Mais on ne peut faire l’économie du gouvernement des hommes en société et il faut agir pour « l’administration sociale des choses ».

 

Stéphane Baumont


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