Stéphane Baumont
Stéphane
Baumont
Le Politique Show

Il est des moments où la concordance des temps de mort ne manque pas d’interroger sur la légitime émotion qui les accompagne et la forte compassion qui en est souvent l’escorte. Ainsi en est-il de la disparition tragique du jeune Clément Méric, étudiant à Sciences-Po et militant d’extrême gauche « mort pour ses idées », témoignage d’une forme de « banalisation de la haine » – selon Manuel Valls ; ainsi en est-il de la mort de Pierre Mauroy, « géant » pour Martine Aubry, « grand serviteur de la France » pour Alain Juppé, nous forçant à poser la question de savoir si le Président de la République se reconnaîtra dans le réformisme et la rigueur de « cet humaniste, à la fois idéaliste et pragmatique, sûr d’avoir changé la réalité ».

Ainsi se trouvent déclinés dans une des grammaires les plus paradoxales du Politique, la disparition d’une personnalisation du socialisme conduisant avec F. Mitterrand la première alternance de la V° République, la mort « d’un enfant de la balle de la social-démocratie », adversaire du « verbalisme gauchiste » et du « terrorisme du dogme, affirmant que « changer de société, c’est refuser l’illusion de la révolution » et d’autre part la renaissance d’une forme de « guerre civile froide » avec la médiatisation de groupuscules ultra-nationalistes et xénophobes occupant – la nature politique ayant horreur du vide – l’espace laissé libre par la « dédiabolisation » du FN engagée par Marine Le Pen. Où est la « France apaisée » du Candidat Hollande ? Elle semble plutôt exaspérée, prompte aux amalgames et aux caricatures, déçue pour les uns de n’avoir pu influer plus sur les débats de société, droite et gauche s’accusant mutuellement de récupération (la dissolution des groupes ultras est à l’étude), surmédiatisation de la prospérité des discours de haine pour faire événement. Au Président de calmer à nouveau le jeu politique et de ne pas laisser les extrémismes turbuler sans légitimité un champ politique labouré aussi par « la rigueur d’abord, les grandes réformes ensuite » (Hollande fait… l’inverse de Mauroy !) mais aussi par la prochaine réforme de la retraite mettant les socialistes au pied des réalités, devant ainsi affronter « l’Himalaya des réformes » devant lequel la gauche a toujours reculé. Le prix à payer est connu : trouver 20 milliards d’euros pour financer d’ici 2020 notre système par répartition. Demain ce sera peut-être le mixage de l’allongement de la durée de cotisation, la désintoxication des pensions et des efforts demandés aux fonctionnaires au nom de l’équité. Alors demain, « une réforme des retraites de gauche » ? Au moment où Mauroy fait l’objet de funérailles presque nationales comme si la gauche aujourd’hui gouvernante avait besoin de se convaincre qu’elle ne vit pas la fin de l’Histoire, c’est l’occasion de rappeler les efforts de la social-démocratie selon Pierre Mauroy : « Le sens du dialogue, la recherche du compromis et la synthèse permanente entre la performance économique et la justice sociale » ajoutant « le réformisme ce n’est pas l’acceptation d’une fatalité mais l’affirmation d’une volonté »… Hollande reste-t-il un disciple attentif de Mauroy ?

 

Stéphane Baumont


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